Usages politiques et populaires du savoir astronomique : entre science et utopies révolutionnaires (France, 1871-1939)

par Florian Mathieu

Thèse de doctorat en Histoire des sciences

Sous la direction de Hélène Gispert et de David Aubin.

Le président du jury était Alain Michel.

Le jury était composé de Jérôme Lamy, Laurence Guignard, Virginie Fonteneau.

Les rapporteurs étaient Jérôme Lamy, Laurence Guignard.


  • Résumé

    Sous la troisième République, de nombreux militants du mouvement ouvrier se sont intéressés à l’astronomie, s’appuyant parfois sur cette science pour élaborer et défendre des discours révolutionnaires. Cet intérêt s'inscrit à la fois dans un contexte plus général de « popularisation » de l'astronomie dans l’espace public, d’un important développement de sa pratique chez les amateurs et de la prise en compte des enjeux d'éducation populaire de la part de nombreux militants, au moment où le mouvement ouvrier se structure. Ma thèse propose ainsi une histoire populaire de l’« Astronomie populaire », en se structurant autour de trois axes de réflexion :1) Astronomie, classes populaires et question révolutionnaireDans ce premier axe, je m’intéresse aux productions d’acteurs du mouvement ouvrier qui accordent une place importante à l’astronomie au sein de leurs réflexions politiques. Il s’agit ainsi de mieux comprendre cette articulation entre étude du cosmos et théorie révolutionnaire, qui apparaît à plusieurs reprises chez différents militants.On peut également distinguer chez ces militants deux catégories distinctes : ceux appartenant à l’élite intellectuelle mais s’engageant à la façon de théoriciens et « porte-paroles » de la classe ouvrière, et ceux directement issus du prolétariat ayant acquis des connaissances de manière autodidacte. Cette distinction m’amène notamment à interroger les différentes catégories auxquelles le terme « populaire » peut renvoyer : l’astronomie populaire est-elle une astronomie faite pour le peuple ou bien par le peuple ?2) Une science au service de l’émancipation ? L’astronomie dans l’éducation populaireDans ce deuxième axe, je m'intéresse à la place de l’astronomie au sein de diverses initiatives d'éducation populaire. Alors qu’il n’existe pas d’enseignement officiel de cette science dans les programmes de l’école primaire élémentaire, on retrouve sa trace à plusieurs reprises au sein d’expériences éducatives portées par les nouveaux mouvements pédagogiques qui apparaissent à cette période (pédagogies libertaires, Éducation nouvelle, Éclaireurs de France etc.).Du côté des adultes, en plus des nombreux ouvrages et revues de vulgarisation, c’est aussi sous la forme de cours publics et de conférences que l’astronomie a pu se diffuser. On retrouve par exemple régulièrement cette thématique dans les programmes des Universités Populaires des années 1900.3) Le peuple des amateurs : sociétés savantes et astronomie populaireJ'étudie dans ce dernier axe les dynamiques sociales qui structurent le milieu des astronomes amateurs. J'y interroge notamment les processus d'intégration ou d’exclusion des classes populaires au sein des différents clubs et sociétés d'astronomie, généralement animés par des individus de condition aisée.Ce milieu tient néanmoins un rôle important entre celui des professionnels et celui des militants du mouvement ouvrier. Si certains de ces derniers vont devenir des astronomes amateurs, la plupart vont surtout s’appuyer sur des revues de vulgarisation et sur des documents produits par les cercles d’amateurs.Une autre particularité de mon travail de thèse est d’intégrer l’échelon local, à travers l’étude de deux sociétés d’astronomes amateurs, à Toulouse et à Montpellier. Ma recherche développe ainsi une approche locale de ces cercles pour mieux saisir leur inscription dans la ville, et leurs interactions avec un public plus large.Les différents acteurs étudiés dans cette thèse revendiquent tous peu ou prou une dimension « populaire » dans leurs démarches, mais selon des acceptations du terme parfois très éloignées. Ce travail tente ainsi à la fois de préciser ces différentes utilisation d’un même terme accolé comme adjectif à un savoir scientifique, tout en mettant en évidence l’usage politique particulier de cette science par des militants révolutionnaires, dans la perspective d’une transformation radicale de la société.

  • Titre traduit

    Political and popular use of astronomy knowledge : science and revolutionnary utopias (France, 1871-1939)


  • Résumé

    Under the Third Republic, many activists in the labor movement became interested in astronomy, sometimes relying on this science to develop and defend revolutionary discourses. This interest is part of a more general context of the "popularization" of astronomy in the public space, a significant development of its practice among amateurs and the consideration of popular education issues on the part of many militants, at a time when the workers' movement was taking shape. My thesis thus proposes a popular history of "Popular Astronomy", structured around three axes of reflection:1) Astronomy, working classes and the revolutionary questionIn this first axis, I am interested in the productions of actors of the labor movement who grant an important place to astronomy within their political reflections. It is thus a question of better understanding this articulation between study of the cosmos and revolutionary theory, which appears on several occasions among various militants.We can also distinguish among these militants two distinct categories: those belonging to the intellectual elite but engaging in the manner of theoreticians and "spokespersons" of the working class, and those directly from the proletariat who have acquired knowledge in a self-taught. This distinction leads me in particular to question the different categories to which the term "popular" can refer: is popular astronomy an astronomy made for the people or by the people?2) A science in the service of emancipation? Astronomy in popular educationIn this second axis, I am interested in the place of astronomy within various popular education initiatives. While there is no official teaching of this science in the programs of elementary primary school, we find its traces on several occasions within educational experiences carried by the new pedagogical movements which appear at this period ( libertarian pedagogies, New Education, Scouts of France etc.).On the adult side, in addition to the many books and popular magazines, it is also in the form of public courses and conferences that astronomy has been able to spread. For example, this theme is regularly found in the programs of the Popular Universities of the 1900s.3) The People of Amateurs: Learned Societies and Popular AstronomyI study in this last axis the social dynamics that structure the community of amateur astronomers. In particular, I question the processes of integration or exclusion of the working classes within the various clubs and societies of astronomy, generally led by individuals of well-off condition.This environment nevertheless plays an important role between that of the professionals and that of the activists of the labor movement. If some of the latter will become amateur astronomers, most will mainly rely on popular magazines and on documents produced by amateur circles.Another particularity of my thesis work is to integrate the local level, through the study of two societies of amateur astronomers, in Toulouse and Montpellier. My research thus develops a local approach to these circles to better understand their place in the city, and their interactions with a wider public.The different actors studied in this thesis all claim more or less a "popular" dimension in their approaches, but according to sometimes very different meanings of the term. This work thus attempts both to clarify these different uses of the same term attached as an adjective to scientific knowledge, while highlighting the particular political use of this knowledge by certain revolutionary militants, in the perspective of a transformation radical in society.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse\u00a0?

  • Bibliothèque : Université Paris-Saclay. DiBISO. Bibliothèque électronique.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.