Thèse soutenue

Monnaie : communauté ou institution ? Un éclairage théorique et empirique à partir d’une monnaie locale

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Auteur / Autrice : Raphaël Didier
Direction : Yamina Leila Tadjeddine
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences économiques
Date : Soutenance le 08/04/2022
Etablissement(s) : Université de Lorraine
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale SJPEG - Sciences Juridiques, Politiques, Economiques et de Gestion (Lorraine)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Bureau d'économie théorique et appliquée (Strasbourg ; 1972-....)
Jury : Président / Présidente : Agnès Gramain
Examinateurs / Examinatrices : Yamina Leila Tadjeddine, Jean-François Ponsot, Jérôme Blanc, Ariane Tichit, Pierre Alary
Rapporteurs / Rapporteuses : Jean-François Ponsot, Jérôme Blanc

Résumé

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Dans ce travail doctoral, nous avons cherché à apporter un éclairage théorique et empirique sur la nature communautaire ou institutionnelle de la monnaie. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur le cas particulier d’une monnaie locale, le Florain, dans la mesure où nous avons eu l’opportunité rare de pouvoir l’étudier depuis son lancement en 2017 et durant quatre années pleines.La première partie porte sur la dimension communautaire de la monnaie. Dans une approche socioéconomique, nous étudions la communauté des utilisateurs du Florain comme communauté hybride, au sens wébérien du terme, c’est-à-dire comme une communauté dont les objectifs sont à la fois économiques et extra-économiques. À partir des résultats de notre enquête, nous montrons que les utilisateurs du Florain forment une sociation d’individus participant à l’activité sociale sur la base d’une alliance d’intérêts motivée rationnellement en valeur et en finalité. Puis, nous cherchons à caractériser les utilisateurs par leur profil socioéconomique et leurs représentations sociales. Notre résultat principal est que cette communauté monétaire se caractérise par l’existence en son sein de quatre profils socioéconomiques d’utilisateurs (monomères), que nous qualifions de communauté monétaire polymérisée, en tant que l’existence de la communauté des utilisateurs du Florain nécessite l’association coordonnée de tous ces profils par une forme de gouvernance adaptée.À l’issue de cette première partie, notre enquête et nos entretiens ont certes permis de mettre en lumière la dimension communautaire de la monnaie, mais ils nous également offert la possibilité d’une interprétation complémentaire à la communauté se rapportant à la dimension institutionnelle de la monnaie. Nous avons donc analysé les approches institutionnelles de la monnaie. Puis, nous nous sommes intéressés aux fonctions économiques traditionnelles assignées à la monnaie ainsi qu’aux supports et instruments monétaires, les fonctions de ces derniers étant intimement liés à leur nature juridique. De là, nous avons abordé la question de la souveraineté monétaire et de son évolution dans l’histoire, dans la mesure où les monnaies alternatives viennent directement interroger ce concept. Dans un deuxième temps, nous avons montré que la monnaie ne se limite pas à quatre fonctions économiques, mais au contraire met en mouvement toutes les sphères de la vie sociale : la monnaie est donc un « fait social total » (Mauss, 1968), dont l’existence doit s’incarner dans l’expérience de chaque individu Lévi-Strauss (1950/1973), d’où entre autres le marquage social de la monnaie (Zelizer, 2005). La monnaie est donc une « réalité sociale » (Simiand, 2006), que Polanyi (1944/1983, 2011) a étudiée sous un angle original dans une société de marché et dont nous déduisons une grille d’analyse des monnaies alternatives (Blanc, 2013). Enfin, nous montrons que la monnaie est une institution sociale indispensable à la vie en société, une forme institutionnelle majeure analysée dans le cadre de la théorie de la régulation.Or, du fait que cette communauté monétaire naît au sein d’une société, elle s’inscrit nécessairement dans les structures préexistantes : en termes plus polanyiens, la communauté monétaire est encastrée. En analysant quelques exemples de communautés d’utilisateurs de monnaie locale, nous montrons dans un premier temps que la communauté monétaire est encastrée dans un bassin de vie, caractérisé par une culture, une proximité spatiale et un construit politique du territoire. Puis, en nous servant de la grille d’analyse développée par Amable et Palombarini (2018), nous montrons que la communauté monétaire est encastrée dans les structures sociopolitiques, au-delà du traditionnel clivage gauche/droite, et que sa pérennisation tient pour l’essentiel à un groupe social particulier, qui s’apparente au « bloc bourgeois ».