Thèse soutenue

Pratiques funéraires en Chine sous les Han (202 av. J.-C. - 220 de notre ère) dans la région de Chang'an (Shaanxi)

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Auteur / Autrice : Benjamin Ringard
Direction : Alain Thote
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Etudes de l'Extrême-Orient
Date : Soutenance le 01/03/2021
Etablissement(s) : Université Paris sciences et lettres
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École pratique des hautes études (Paris)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale (Paris ; 2006-....) - Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie Orientale / CRCAO
établissement opérateur d'inscription : École pratique des hautes études (Paris ; 1868-....)
Jury : Président / Présidente : Stéphane Feuillas
Examinateurs / Examinatrices : Alain Thote, Stéphane Feuillas, Enno Giele, Donald John Harper, Marianne Bujard, Marc Kalinowski
Rapporteurs / Rapporteuses : Enno Giele, Donald John Harper

Résumé

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Avec l'objectif d'établir une synthèse des résultats de l'archéologie funéraire Han dans la région de Chang'an, nous avons réuni le plus exhaustivement possible les articles et rapports de fouilles publiés des années 1950 à 2016. Ces documents nous ont permis de créer une base de données comprenant près de 600 cimetières, 7 000 tombes, et plus de 55 000 objets, qui servent de support à notre analyse des pratiques funéraires Han. Cette dynastie, dans le prolongement direct de l'éphémère dynastie des Qin, a consolidé les bases d'un grand empire. Cette période fut le théâtre de transformations profondes et durables de nombreux aspects de la société. Parmi ces changements, l'évolution des pratiques funéraires peut être mise en évidence grâce à la préférence des archéologues chinois pour l'étude des sépultures. Chang'an, la capitale de l'empire pendant les deux premiers siècles des Han, fut au cœur des innovations funéraires.La structuration de l'espace funéraire régional s'organisait selon deux groupes sociaux. En simplifiant quelque peu, les tombes de l'élite étaient installées à proximité des mausolées des empereurs, tandis que les petites sépultures de la classe moyenne furent surtout construites dans la banlieue de Chang'an. Si les grands mausolées impériaux se standardisèrent au cours du temps, ce furent surtout les transformations des modestes tombes de la classe moyenne qui bouleversèrent le paysage funéraire Han. On peut même évoquer une véritable révolution des pratiques tant elles s'opposent aux usages jusque-là dominants. La tombe devint un espace qu'il était possible de rouvrir pour déposer de nouveaux défunts, ce n'était plus un lieu scellé pour l'éternité. D'abord rouverte pour réunir des couples, la sépulture évolua ensuite, à partir du début de notre ère, en caveau familial.Cette mutation des pratiques s'accompagna notamment de modifications dans la structure des tombes et dans les matériaux de construction. L'usage de la brique, qui s'imposa au début du Ier s. av. J.-C., permit de bâtir plus grand et de manière plus pérenne. Des chambres supplémentaires furent plus tard ajoutées pour accueillir de nouveaux occupants. Ces différentes chambres n'étaient pas toujours édifiées au même moment. Les difficultés économiques de la région sous les Han orientaux amenèrent à procéder en plusieurs phases de construction pour échelonner le coût de la sépulture. Les problèmes qu'éprouvait la classe moyenne sont d'ailleurs visibles dans de multiples facettes des pratiques funéraires, dans le choix de matériaux de construction moins onéreux, dans un mobilier réduit, et en surchargeant les espaces par le nombre de morts, etc.La réouverture des sépultures induisit également une évolution des pratiques rituelles. Pour ajouter de nouveaux morts, les vivants ont dû s'aventurer dans un espace autrefois réservé aux seuls défunts. D'une certaine manière, ils pénétraient dans le monde des morts, ou s'en rapprochaient dangereusement tout du moins. Cette proximité inédite provoqua le développement de rites de fermeture destinés à confiner la sépulture. Ceux-ci sont particulièrement visibles dans la présence de vases portant des inscriptions apotropaïques déposés à partir du milieu du Ier s. Mais ces rituels existaient déjà sous des formes plus discrètes dans le dépôt de vaisselle du banquet, et peut-être même encore antérieurement à travers le mobilier placé à l'entrée de la tombe. L'espace entre l'entrée de la chambre funéraire et le cercueil accueillait en effet des vases copiant les vases rituels utilisés lors du culte aux ancêtres et ayant pu d'une certaine manière avoir servi à confiner la sépulture. Quoi qu'il en soit, l'entrée de la tombe s'est progressivement désolidarisée de la chambre funéraire proprement dite pour former une antichambre qui formera par la suite le cœur de la construction des caveaux. La tombe fut alors bâtie en distinguant l'espace privé, les chambres funéraires, et l'espace public, l'antichambre.