Sur les traces de l'origine de nos conversations : étude comparative des interactions vocales chez les grands singes

par Loïc Pougnault

Thèse de doctorat en Neurosciences, éthologie

Sous la direction de Alban Lemasson et de Florence Levréro.

Soutenue le 22-01-2021

à Rennes 1 , dans le cadre de École doctorale Biologie-Santé (Rennes) , en partenariat avec Éthologie animale et humaine (Rennes ; Caen ; 1996-....) (laboratoire) .

Le président du jury était Michael Greenfield.

Le jury était composé de Laurence Henry.

Les rapporteurs étaient Cécile Garcia, Maya Gratier.


  • Résumé

    L’universalité des “règles” qui régissent les conversations humaines, comme le respect du tour de parole, suggère de possibles bases biologiques à ce comportement. Au travers d’une revue de la littérature, nous avons révélé qu’à l’image de nos conversations, les échanges vocaux de vocalisations de contact de la plupart des primates non-humains respectent des règles sociales et temporelles. Notamment, les interlocuteurs, choisis sur des critères sociaux, alternent leurs émissions vocales tout en évitant de se couper la parole. Ces échanges permettent de créer et consolider des relations affiliatives. Toutefois, les grands singes sont peu représentés dans la littérature disponible sur ce sujet, malgré l’intérêt comparatif qu’ils représentent de par leur proximité phylogénétique avec l’humain et la diversité de leurs systèmes sociaux. Ce projet vise donc à décrire les règles d’interactions vocales chez les grands singes non-humains : bonobos (Pan paniscus), chimpanzés (Pan troglodytes), gorilles des plaines de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla) et orangs-outans de Bornéo (Pongo pygmaeus). Dans un premier temps, une approche expérimentale a permis de vérifier l’importance du respect du tour de parole lors des échanges vocaux pour les gorilles et de souligner un rôle possible de l’apprentissage social dans l’acquisition des règles appropriées d’interaction. Ensuite, une approche observationnelle menée sur un groupe de chimpanzés captifs a, au contraire, souligné l’extrême rareté des tours de paroles, au profit d’interactions vocales de type chorus et de fréquentes émissions de cris isolés associées à la régulation des conflits. Enfin, une approche comparative des quatre espèces, mêlant des données provenant de la littérature à nos propres résultats, a suggéré que l’organisation temporelle des interactions vocales est sous l’influence de caractéristiques sociales telles que le degré de socialité et de tolérance intra-groupe, comme le souligne l’existence d’échanges vocaux organisés chez les gorilles et les bonobos. La découverte d’échanges vocaux organisés chez les grands singes permet de compléter l’arbre phylogénétique de cette capacité langagière. Des investigations comparatives supplémentaires restent à mener afin d’affiner nos connaissances quant aux multiples et subtils facteurs sociaux ayant favorisé l’émergence de ce comportement interactionnel.

  • Titre traduit

    In search of te origin of our conversations : a comparative study of vocal interactions in great apes


  • Résumé

    The universality of the "rules" that govern human conversations, such as the respect for turn taking, suggests possible biological bases for this behaviour. Through a review of the literature, we revealed that like our conversations, the vocal exchanges of contact calls of most non-human primates respect social and temporal rules. In particular, the interlocutors, chosen on the basis of social criteria, alternate their vocal productions while avoiding overlapping each other's calls. These exchanges allow for the creation and consolidation of affiliative relationships. However, great apes are poorly represented in the available literature on the topic, despite the comparative interest they represent due to their phylogenetic proximity to humans and the diversity of their social systems. This project aims to describe the rules of vocal interactions in non-human great apes: bonobos (Pan paniscus) chimpanzees (Pan troglodytes), Western lowland gorillas (Gorilla gorilla gorilla) and Bornean orang-utans (Pongo pygmaeus). First, an experimental approach allowed us to ascertain that the turn-taking principle matters to gorillas during vocal exchanges, and to highlight a possible role of social learning in the acquisition of appropriate rules of interaction. Secondly, an observational approach conducted on a group of captive chimpanzees highlighted, on the contrary, the extreme rarity of turns of taking, to the benefit of choruses and frequent emissions of isolated calls associated with the regulation of conflicts. Finally, a comparative approach of the four species, mixing data from the literature with our own results, suggested that the temporal organisation of vocal interactions is under the influence of subtle social characteristics, such as the degree of sociality and intra-group tolerance, as underlined by the existence of organised vocal exchanges in gorillas and bonobos. The discovery of organised vocal exchanges in great apes allow us to complete the phylogenetical tree of this ability. Further comparative work remains to be done in order to refine our knowledge about the multiple and subtle social factors that have favoured the emergence of this interactional behaviour.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse\u00a0?

  • Bibliothèque : Université de Rennes I. Service commun de la documentation. Bibliothèque de ressources en ligne.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.