Gouverner la qualité des productions fromagères en Auvergne : Approche systémique des Appellations d'Origine, de l'après-guerre à nos jours
| Auteur / Autrice : | Pierre Le Gall |
| Direction : | Claire Delfosse, Pierre Cornu |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Géographie |
| Date : | Soutenance le 08/09/2021 |
| Etablissement(s) : | Lyon |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences sociales (Lyon ; 2007-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Equipe de recherche : Laboratoire d'études rurales (Lyon ; 2003-....) |
| établissement opérateur d'inscription : Université Lumière (Lyon ; 1969-....) | |
| Jury : | Président / Présidente : Egizio Valceschini |
| Examinateurs / Examinatrices : Claire Thuillier-Cerdan | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Corinne Marache, Laurent Rieutord |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Cette thèse entreprend un suivi au long cours des productions fromagères sous Indications Géographiques (IG) en Auvergne (Cantal, Salers, Laguiole, Saint-nectaire, bleu d’Auvergne et fourme d’Ambert), depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours. Retracer l’histoire des fromages auvergnats incite à questionner les legs d’un Ravitaillement Général, la performativité du « progrès » des décennies qui suivent jusqu’à l’émergence de la « typicité » et des produits de « terroir » au cœur du développement des territoires à partir des années 1990. Par une approche géohistorique, l’enjeu de la thèse réside dans la compréhension des décisions des acteurs accédant à la gouvernance des appellations (et donc au pouvoir normatif) au gré des évolutions agricoles, agroalimentaires et sociétales. Au-delà des acteurs fromagers (producteurs, transformateurs, affineurs), notre travail met en avant les efforts constants de structuration des produits opérés en liens avec la recherche scientifique, l’Inra en premier lieu. Acteurs productifs, recherche scientifique, puissance publique, mais aussi consommateurs, la construction de la qualité des produits fromagers en Auvergne se fabrique en continue avec comme finalité la durabilité des exploitations laitières. Cet objectif de viabilité incite d’abord les acteurs fromagers à croire au « progrès », au productivisme, et à l’abaissement de coûts de production et des produits, et surtout à bâtir une compétitivité garantie par le monopole offert par l’appellation d’origine. La gouvernance impose alors une qualité générique, un modèle unique mais suffisamment englobant et peu contraignant. Les années 1980, marquées du sceau des quotas laitiers, des réorientations de la PAC et des prémices d’un développement territorial en lien avec une agriculture de « qualité » et d’une critique de l’agriculture intensive impulsent un changement de doctrine, une nouvelle vision validée ensuite par un nouvel acteur, l’Inao. Dès lors, à partir des années 1990, individuellement ou à l’échelle d’un collectif, localisées ou au sein de l’appellation, diverses initiatives entendent viabiliser l’activité agricole par une singularisation à travers une mise en avant de la typicité, dont une typicité « liée au terroir ». Imparfaites, ces démarches participent à une territorialisation de l’agriculture et la construction d’une qualité spécifique. Cette construction passe d’abord par des liens pensés avec un terroir actuel, pragmatique, à partir d’un compromis à la fois entre exigences sociétales et réalités productives, mais aussi entre antériorité des pratiques et innovation, et non sur un « retour » à d’éventuelles pratiques emportées par le productivisme. Notre thèse démontre en finalité une qualité coconstruite, plurielle et en constante évolution, conflictuelle aussi où sa « territorialisation » reste une des voies explorées par les acteurs. Les diverses perceptions de la qualité et soutenant des modèles agricoles distincts alimentent les tensions, parfois au sein d’une même appellation. Cependant, la territorialisation de la qualité fragilise les mécanismes anciens de gouvernance qui ne disparaissent pas pour autant. La territorialisation questionne enfin sur la cohérence des échelles d’action entre celles, localisées, permettant le renforcement des liens au terroir et l’échelle, plus englobante, de l’appellation.