Thèse soutenue

Etude des conséquences de la pollution lumineuse nocturne chez un insecte diurne (Venturia canescens) : réponses comportementales et physiologiques

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Auteur / Autrice : Elisa Gomes
Direction : Emmanuel DesouhantIsabelle Amat
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Biologie évolutive
Date : Soutenance le 24/03/2021
Etablissement(s) : Lyon
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Evolution Ecosystèmes Microbiologie Modélisation (Lyon ; 1999-....)
Partenaire(s) de recherche : établissement opérateur d'inscription : Université Claude Bernard (Lyon ; 1971-....)
Laboratoire : Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive
Jury : Président / Présidente : Patricia Gibert
Examinateurs / Examinatrices : Emmanuel Desouhant, Isabelle Amat, David Renault, Theresa Jones, Philippe Louâpre
Rapporteurs / Rapporteuses : David Renault, Theresa Jones

Résumé

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La pollution lumineuse, définie comme la modification des niveaux naturels de lumière nocturne par des sources lumineuses artificielles, est une perturbation anthropique très répandue qui touche quasiment tous les écosystèmes sur Terre. Elle provient principalement de l'éclairage public, mais peut également prendre la forme du « skyglow », un halo lumineux dû à la diffusion de la lumière par les particules présentes dans l'atmosphère qui s'étend sur des centaines de kilomètres autour des zones urbanisées. Pendant longtemps, la pollution lumineuse a été moins étudiée que d'autres perturbations anthropiques telles que le changement climatique. Cependant, un nombre croissant d'études a mis en évidence ses nombreuses conséquences biologiques sur un grand nombre d'organismes à tous les niveaux d’organisation biologique (individus, populations, écosystèmes). La pollution lumineuse est donc désormais considérée comme un acteur important du changement global, et représente une préoccupation majeure pour la santé humaine et la biodiversité. Les études sur la pollution lumineuse se sont surtout intéressées aux organismes nocturnes, plus susceptibles d'être perturbés par la présence de lumière pendant la nuit. Ce constat est particulièrement vrai pour les insectes, comme l'attestent de nombreuses études s’intéressant à l’attractivité des lumières artificielles sur les papillons de nuit ou à la modification du comportement de signalement par flash lumineux chez les lucioles en présence de pollution lumineuse. Au contraire, les conséquences de la pollution lumineuse sur les insectes diurnes sont peu connues. L’objectif de ma thèse était donc d'étudier expérimentalement les changements causés par la pollution lumineuse chez un parasitoïde diurne, Venturia canescens. Pour cela, je me suis intéressée à différents traits comportementaux, physiologiques et d’histoire de vie de femelles exposées à différentes intensités de pollution lumineuse. La première partie de mon travail porte sur les modifications de traits comportementaux liés à l'efficacité parasitaire et au succès reproducteur, en lien avec les réserves énergétiques, aux niveaux intra et transgénérationnels. J'ai démontré que la pollution lumineuse conduisait les femelles à être actives et à chercher de la nourriture et des hôtes la nuit. De plus, j'ai montré que la lumière nocturne, selon son intensité, modifiait également le comportement d’approvisionnement des femelles parasitoïdes pendant la journée, sans affecter leurs réserves énergétiques. En effet, une préférence accrue pour la recherche d'hôtes a été constatée chez les femelles exposées à une pollution lumineuse de faible intensité. Cependant, la pollution lumineuse ne semble pas avoir un fort effet sur le succès reproducteur de Venturia canescens. Enfin, la pollution lumineuse agit également au niveau transgénérationnel, en influençant le comportement alimentaire ainsi que le temps de développement des descendants. Dans la seconde partie de mon travail, je me suis intéressée à un trait physiologique, la production de mélatonine. La mélatonine est une hormone clé impliquée dans la régulation du rythme circadien des organismes. On sait de plus qu’elle est fortement influencée par la présence de lumière pendant la nuit. Cette hormone est donc susceptible de jouer un rôle majeur dans les changements phénotypiques observés chez les organismes soumis à la pollution lumineuse. La mélatonine a été bien étudiée chez les vertébrés, en particulier les mammifères, mais les connaissances sur sa synthèse et son rythme circadien chez les insectes sont rares. J'ai donc développé deux méthodes de quantification de la mélatonine chez Venturia canescens, afin de décrire sa dynamique sur un cycle de 24 heures en l'absence de pollution lumineuse. Ces travaux pourront ainsi servir de base à de futures études souhaitant tester expérimentalement l'effet de la pollution lumineuse sur la synthèse de mélatonine chez Venturia canescens.