Le rôle des managers de proximité dans la fabrique du sens stratégique à l’Office National des Forêts : les effets des frontières sur le travail d’influence des pratiques de martelage

par Nathalie Carol

Thèse de doctorat en Sciences de gestion

Sous la direction de Benoît Grasser et de Meriem Fournier.

Le président du jury était Hélène Delacour.

Le jury était composé de Benoît Grasser, Meriem Fournier, Ewan Oiry, Yvonne Giordano, Mathieu Detchessahar.

Les rapporteurs étaient Ewan Oiry, Yvonne Giordano.


  • Résumé

    Pour accompagner l’essor d’une filière porteuse d’avenir et améliorer sa situation financière, l’Office National des Forêts (ONF) s’est doté d’une nouvelle feuille de route pour la période 2016-2020 axée prioritairement sur « accroître la mobilisation du bois au bénéfice de la filière et de l’emploi ». Cette stratégie implique de changer les modes actuels de penser et d’agir pour permettre une gestion plus dynamique des peuplements. Ce changement nourrit cependant des inquiétudes quant à une gestion forestière dominée par la recherche de rentabilité au détriment de l’intérêt général. C’est dans ce cadre que nous avons examiné la capacité de l’ONF à s’adapter pour répondre à ces différents enjeux. Dans une approche pratique de la stratégie, les pratiques de martelage constituent un point d’entrée possible pour expliquer comment cette stratégie prend forme et se concrétise de façon opérationnelle. Le martelage consiste à désigner à coups de marteau ou traces de peinture les arbres qui seront coupés pour alimenter la filière. Les managers de proximité représentés par les responsables d’Unité Territoriale (RUT) jouent un rôle clef dans le processus d’adaptation et de mise en œuvre du changement. Selon la théorie du sensemaking et du sensegiving, ils influencent la manière dont les acteurs construisent le sens des pratiques de martelage. Ce travail d’influence est toutefois fonction des frontières symboliques, sociales, physiques et temporelles qui structurent les pratiques. Ces frontières ne sont pas figées mais peuvent évoluer à travers un travail sur les frontières. Ce qui nous amène à poser la question suivante : quels sont les effets des frontières sur le travail d’influence des pratiques de martelage ?Pour y répondre, une étude de cas ethnographique a été réalisée dans la région du Grand Est. Les données recueillies pendant près de deux ans montrent que les frontières contraignent fortement le travail d’influence des pratiques de martelage. Pour contourner ces effets, les RUT reconfigurent les frontières organisationnelles pour faire émerger des espaces de liberté qui offrent des conditions plus favorables au travail d’adaptation et de mise en œuvre du changement. Trois principales contributions théoriques découlent de cette étude. D’abord, la prise en compte des frontières dans le travail d’influence des managers de proximité permet d’éclairer les conditions du sensegiving, ce que réclamaient déjà depuis longtemps Maitlis et Lawrence (2007). Les résultats obtenus permettent ensuite d’enrichir le concept d’écologie des espaces. Les espaces de liberté sont utilisés pour informer et influencer les espaces « front stage » dans lesquels s’exercent les pratiques ou se définissent les frontières. Cette étude invite enfin à discuter deux aspects de la théorie du sensemaking, celui des ressources et celui de la temporalité.Les résultats de cette étude débouchent sur des recommandations managériales visant à accroître les possibilités d’influence des RUT et à favoriser la mobilisation du bois. Ces recommandations se déclinent en plusieurs mesures telles que redynamiser les échanges sur le travail en ouvrant des espaces de discussion et utiliser le langage technique pour influencer les pratiques de martelage.

  • Titre traduit

    The role of middle managers in giving meaning to strategy at the National Forestry Office : the effects of boundaries on the work of influencing hammering practices


  • Résumé

    To support the growth of a promising sector and improve its financial situation, the National Forestry Office (ONF) adopted a new roadmap for the period 2016-2020, focusing primarily on increasing wood supply. However, this strategic focus, which is based on sustainable production, comes up against a patrimonial vision of forest management inherited from a multi-century-old administration, the Eaux et Forêts (Water and Forests). The weight of tradition may explain an intensity of harvesting that remains below the estimated productivity of ecosystems and the objectives set out in previous roadmaps. This calls for an examination of the ONF's capacity to adapt to meet the demands of a changing environment. In a practical approach to strategy, hammering practices can be a possible entry point for explaining and understanding how the ONF's wood supply strategy is formed and implemented in the field. Hammering consists of marking with hammer hits or traces of paint the trees that will be cut by logging workers. This technical act directly influences the volumes of wood put on the market. Hammering is carried out by relatively autonomous professionals who work under the responsibility of middle managers. Middle managers are considered as key actors of change. Based on the sensemaking theory, I show how middle managers can seek through interactions to influence the meaning behind hammering practices. However, these interactions are conditioned by the symbolic, social, physical and temporal boundaries that structure the practices. These boundaries are not fixed but may potentially evolve in the daily actions and interactions. This movement can be driven by middle managers and understood through the concept of boundary work. The influential work of middle managers consists then in working on the boundaries to influence practices towards increased wood supply. This leads to examine a potential change at the ONF through two questions: what are the effects of boundaries on the work of influencing practices of hammering? How do middle managers work on boundaries to influence practices?To answer these questions, an ethnographic case study was conducted in the Great East region. The data collected over nearly two years show that the boundaries that structure hammering practices strongly constrain the interactions needed to influence practices. These boundary effects have led the middle managers to create “free spaces” that provide more favourable conditions to interact and to influence the practices towards increased wood supply. Three main theoretical contributions arise from this study. First, taking boundaries into account in the influential work of middle managers allows us to shed light on the conditions of sensegiving, which Maitlis and Lawrence (2007) have long been calling for. The results obtained then make it possible to enrich the concept of ecology of spaces. Spaces of freedom are used to inform and influence the "front stage" spaces in which practices are carried out or in which boundaries are defined. Finally, this study invites a discussion on two aspects of the theory of sensemaking, that of resources and that of temporality.The results of this study lead to managerial recommendations aimed at increasing the influence of middle managers and promoting wood supply. These recommendations consist of several measures such as redynamizing work exchanges by opening spaces of discussion and using technical language to influence hammering practices.


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