Thèse soutenue

Jeunes et conversion religieuse radicale : entre corps façonné et désempathie : le cas d’une ville de l’ouest de la France

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Auteur / Autrice : Djamel Bentrar
Direction : Omar Zanna
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance le 17/06/2021
Etablissement(s) : Le Mans
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sociétés, temps, territoires (Angers)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Valeurs, Innovations, Politiques, Socialisations et Sports (Rennes) (2012-....) - Violences, Innovations, Politiques, Socialisations et Sports
Jury : Président / Présidente : Abdel-Halim Boudoukha
Examinateurs / Examinatrices : Abdel-Halim Boudoukha, Alexandra Poli, Jean-Philippe Melchior, Stéphane Héas
Rapporteurs / Rapporteuses : Farhad Khosrokhavar, Olivier Roy

Résumé

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Cette thèse s’intéresse à la question de conversion de certains jeunes français à la version radicale de l’islam. En cela l’expression de « conversion radicale » concerne la radicalisation des attitudes, postures, regards, visions, représentations, pensée, etc., autrement-dit, la radicalisation idéologique. Il ne s’agit en aucun cas des jeunes étant passés à l’acte terroriste ou radicale mais qui manifestent des attitudes radicales (rupture avec le monde, rigorisme religieux, activisme idéologique, politico-social, etc.). Nous questionnons les ressorts subjectifs et objectifs de ce phénomène en tentant de répondre à la question principale à savoir comment ces jeunes convertissent à l’islam radical ? Nous avançons donc deux hypothèses : d’’abord, la conversion à l’islam radical est une construction sociale par la stigmatisation autrement-dit, la société organise la conversion par un processus d’étiquetage conduisant à l’individu à s’inscrire dans une double déviance : sociale et religieuse. Ensuite, la radicalisation renvoie à un processus dans lequel l’individu passe d’une quête de sens à un crise pour s’inscrire dans une déviance radicale où le groupe lui propose une socialisation radicalisante désintégrant ainsi les acquis de la socialisation primaire. À l’instar des phénomènes de dépendance et d’addiction (alcoolisme, tabac, dogue, etc.), la conversion radicale s’opère sur un processus conduisant l’individu à s’inscrire dans une déviance socio-religieuse. Pour mettre à l’épreuve ces hypothèses, nous nous appuyons sur une approche constructiviste avançant la notion de socialisation comme instrument d’analyse. Nous optons aussi pour le paradigme interactionniste en utilisant des notions telles que « carrière déviante, carrière morale, étiquetage et stigmatisation » pour arriver enfin à formuler notre expression de « carrière radicale ». Pour l’aspect méthodologique, nous choisissons la méthodologie qualitative fondée sur deux techniques complémentaires : l’entretien semi-directif de type biographique et l’observation participante (ethnographique). En ce sens, la théorie ancrée s’articulant autour d’un va-et-vient entre la théorie et le terrain permet de vérifier la validité de nos cadres mobilisés (conceptuel et théorique). Entre une quête de sens, un vide existentiel, un rigorisme religieux, une exaltation du groupe radical, une déshumanisation d’autrui, une désempathie, un façonnage de corps, un hapax existentiel, une révélation ou une lumière divine, etc., la conversion radicale prend des interprétations diverses souvent subjectives. Celles-ci nous amènent enfin à déceler les phases du processus allant d’une quête de sens, à une carrière radicale en passant par une crise existentielle, un apprentissage de la radicalité et son maintien, une éclipse du sujet, une objectalisation et une déshumanisation d’autrui.