Réactivation compressive du domaine crustal avant-arc de la subduction hellénique : imagerie temps et profondeur sur données sismiques grands offsets
| Auteur / Autrice : | Sara Ghalya Hussni |
| Direction : | Mireille Laigle-Marchand, Jean-Xavier Dessa |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sciences de la Planète et de l'Univers |
| Date : | Soutenance le 08/07/2021 |
| Etablissement(s) : | Université Côte d'Azur |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences fondamentales et appliquées (Nice ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire Géoazur (Sophia Antipolis, Alpes-Maritimes) |
| Jury : | Président / Présidente : Philippe Charvis |
| Examinateurs / Examinatrices : Mireille Laigle-Marchand, Jean-Xavier Dessa, Philippe Charvis, Jacques Déverchère, Nicolas Chamot-Rooke, Anne Bécel | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Jacques Déverchère, Nicolas Chamot-Rooke | |
| DOI : | 10.70675/8a93d52dzd63bz4c9ez8c31z910b116f6964 |
Résumé
L’étude des structures crustales des zones de subduction par imagerie sismique a toujours représenté un défi. Leur complexité et la profondeur des objectifs généralement poursuivis font qu’une bonne qualité d’imagerie n’est atteinte qu’à la condition d’utiliser une acquisition couvrant les grands offsets et de développer des chaînes de traitement exploitant la richesse de l’information recueillie. Construire un modèle de vitesse robuste est indispensable dans cette démarche. Ces critères ont été réunis dans le travail présenté ici, réalisé dans le cadre du projet SISMED (Seismic Imaging inveStigation in MEDiterranean sea for deep seismogenic faults) d’étude des structures de la marge hellénique, à l’ouest de la Crète. Les données ont été acquises en 2015, à bord de R/V Marcus G. Langseth, sur un transect de 210 km recoupant largement le système avant-arc de cette subduction, au moyen d’une flûte sismique de 8 km et d’une source de 6600in3, soit les meilleurs moyens académiques disponibles alors. Le travail d’exploitation de ces données a essentiellement porté sur la construction d’un modèle de vitesse robuste, focalisant au mieux le champ d’onde au moyen d’une approche développée dans ce but. L’effort s’est décomposé en deux temps, avec une imagerie détaillée jusqu’aux profondeurs crustales intermédiaires (0-13 km) par une première migration profondeur avant-sommation de Kirchhoff, suivie d’une seconde, basée sur une méthode ray+Born incluant une analyse itérative de focalisation dans les domaines migrés temps et profondeur, pour une imagerie jusqu’à 20 km de profondeur et au-delà. L'interprétation successive des deux images migrées amène à réviser notre compréhension de la dynamique de convergence sur cette partie de la marge hellénique et ses implications sismo-tectoniques. Elle permet de réviser certains éléments structuraux peu profonds déjà documentés, comme les limites de l’unité évaporitique messinienne et la topographie du socle. Elle révèle surtout la géométrie d’interfaces majeures en profondeur, telles que 1) le Moho égéen observé dès 13 km de profondeur sous l’avant-arc externe jusqu’à plus de 25 km sous le haut de l’escarpement hellénique, validé par des résultats tomographiques récents sur données de sismique grand-angle (campagne ULYSSE), et 2) le toit de la plaque plongeante entre 13 et 20 km de profondeur, ainsi que son Moho, sous le tiers sud du profil. Un ensemble de failles actives crustales est également révélé dans l’avant-arc. Leurs relations avec les déformations enregistrées dans les structures sédimentaires permettent de proposer : 1) l’arrêt de l’extension radiale du domaine avant-arc externe ; 2) une reprise en compression à moins de 5 Ma, possiblement associée au début de collision de la marge libyenne avec l’avant-arc au sud de la Crète ; 3) une accommodation significative de l’obliquité de convergence par des systèmes décrochants dextres au travers de l’escarpement et de l’avant-arc interne et non pas uniquement à la limite prisme/backstop, comme considéré jusqu’ici. Une structure majeure, subverticale, sismiquement active au sein de l’escarpement hellénique et exprimée dans le Moho égéen est ainsi proposée, joignant potentiellement l’interplaque vers 40 km de profondeur, soit au bas de la zone sismogène, marquée par des séismes de chevauchement interplaque de magnitude ~6 à l’ouest de la Crète. Cette structure est proposée comme alternative à la splay fault de Shaw_2008, supposée affleurer en pied d’escarpement, dont nos résultats démontrent par ailleurs l’absence.La partie imagée du méga-chevauchement sous une croûte avant-arc externe mince et tectonisée, puis sous le coin mantellique jusqu’à 20 km de profondeur, correspond à la partie sismiquement silencieuse de la période instrumentale, en accord avec les modélisations d’un couplage partiel. Cette faille pourrait toutefois rompre lors de très grands séismes comme celui de 365 EC avec un temps de retour très long.