Mobilité et expériences spatiales de migrants marocains : Éléments d'une anthropologie de l'espace contemporain

par Myriame Ali-Oualla

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Guy Tapie.

Le président du jury était Daniel Pinson.

Le jury était composé de Guy Tapie, Adelina Miranda, Marc Bernardot, Isabelle Rigoni.

Les rapporteurs étaient Adelina Miranda, Marc Bernardot.


  • Résumé

    La migration est une expérience «totale». Elle conditionne le développement des réseaux de sociabilité, le franchissement de diverses formes de frontières, la construction de territorialités, et l’évolution continue de référentiels social, culturel et spatial. En tant que processus de mouvement et en mouvement, les individus s’y engagent dans une négociation avec les environnements qu’ils investissent, temporairement ou durablement.A partir d’une perspective spatiale, j’investigue les mutations de l’expérience quotidienne des lieux de la migration et ce qu’elle révèle d’un nouvel usage des espaces contemporains, dans un contexte de déplacements facilités, et de dématérialisation des modes de coprésence.J’articule ma démonstration sur l’analyse d’expériences spatiales de trois groupes migrants marocains, dans différents rapports à la mobilité : des femmes issues de la migration rurale, en immobilité dans les bidonvilles urbains au Maroc, à Salé ; des anciens combattants marocains bordelais en sur-mobilité entre la France et le Maroc ; des commerçants et entrepreneurs marocains transnationaux bordelais, utilisant la mobilité comme ressource entre la France, le Maroc et ailleurs.Je privilégie les méthodes de récolte et d’analyse qualitatives, afin de mieux traduire l’épaisseur de l’expérience spatiale en migration. Je reconstitue, d’une part, le récit de vie des migrants, qui offre une riche vision diachronique de leurs pratiques et de leurs représentations, au travers d’entretiens semi-directifs et de discussions plus informelles. J’observe, d’autre part, l’appropriation spatiale retranscrite sous forme de visuels, réalisés in situ : cartographie, scène visio-narrative, relevé habité, carnet de notes. La lecture de l’appropriation spatiale amène des éléments d’objectivation du récit biographique et une confrontation directe aux «terrains».Plusieurs résultats sont à souligner. Des logiques d’adaptation et d’appropriation spatiales similaires apparaissent, attestant de l’universalité de l’habiter en étranger. Garantir l’équilibre de capitaux à l’aide de stratégies spatiales, tirer profit de mobilités matérielle et immatérielle pour maintenir des ponts d’appartenance transterritoriaux, et user de la force du nombre et de la mobilisation collective pour influencer les stratégies urbaines de prise en charge des populations migrantes, font partie des schémas communs aux trois groupes, indépendamment de leur rapport à la mobilité.Je mets aussi en lumière un changement de paradigme quant à la consécration de l’espace domestique comme lieu de reproduction des marqueurs d’origine et d’“autel de la nostalgie”. Que ce soit les femmes immobiles dans les baraques de bidonville, les anciens combattants en pérégrination entre la maison familiale et la solitude des résidences sociales, et les entrepreneurs transnationaux nourris par l’itinérance et les ancrages multiples, l’expression des appartenances culturelles ne passent pas obligatoirement par les appropriations spatiales «matérielles». Parallèlement, la gestion territoriale et l’organisation des villes changent avec la coexistence de modes d’habiter locaux et étrangers. Face aux stratégies habitantes, les réactions des Etats varient de l’invisibilisation de groupes migrants en marge de la ville, à l’encouragement de leurs investissements immobiliers, en passant par l’adaptation progressive d’offres de relogement et de recasement.La démonstration s’organise en trois parties. La première discute des concepts socio-spatiaux qui structurent ma vision de l’expérience spatiale en migration, en mobilisant une pluralité de champs disciplinaires. La deuxième est consacrée à l’étude ethnographique des dynamiques sociales et spatiales en jeu dans les trois cas. La troisième est une mise en perspective des trois expériences spatiales migrantes, et revient sur les apports méthodologiques des outils narratifs et visuels, ainsi que sur les apprentissages à l’épreuve protéiforme du terrain.

  • Titre traduit

    Mobility and Spatial Experiences of Moroccan Migrants : Elements of an Anthropology of Contemporary Space


  • Résumé

    Migration is a total social fact. It conditions the development of social networks, the crossing of various forms of borders, the construction of territorialities, and the continuous evolution of social, cultural and spatial references. As a process of movement and in movement, it engages migrants in a negotiation with the environments they inhabit, temporarily or permanently.Using a spatial perspective, I investigate the mutations of migrants’ daily experience of places, and what it reveals of a new use of contemporary spaces, in a context of facilitated movement and dematerialized modes of copresence.I base my demonstration on the analysis of spatial experiences of three Moroccan migrant groups, in different relationships to mobility: women from rural migration, in immobility in urban slums in Salé, Morocco; Moroccan veterans from Bordeaux in over-mobility between France and Morocco; Moroccan transnational small business-owners and entrepreneurs from Bordeaux, using mobility as a resource between France, Morocco, and other countries.I use qualitative methods in order to better translate the complexity of the spatial experience in migration. On the one hand, I collect the migrants' life stories through semi-directive interviews and more informal discussions, which offers a rich diachronic vision of their practices and representations. On the other hand, I observe their appropriation of space and translate it using visual tools, such as cartography, visio-narrative scenes, sketches, inhabited surveys and field notebook excerpts. The investigation of spatial appropriation brings elements of objectification to the biographical narrative, and a direct confrontation with the field.As a result, similar logics of spatial adaptation and appropriation appear, attesting to the universality of living as a stranger to a given sociospatial environment. Ensuring the balance of capitals using spatial strategies, taking advantage of material and immaterial mobility to maintain transterritorial bridges of belonging, and using the strength of collective mobilization to influence urban strategies regarding migrant populations, are common strategies and patterns to all three groups, regardless of their relationship to mobility.I also highlight a paradigm shift in the consecration of domestic space as an “altar of nostalgia”, a place where migrants reproduce spatial practices related to their city or country of origin. Whether it is the women in immobility in their slum housing units, veterans peregrinating between the family home and the social residences, or transnational entrepreneurs benefiting from their roaming and multiple anchoring, the expression of cultural belonging does not necessarily manifest through “material” spatial appropriations. In parallel, territorial development and the organization of cities are changing with the coexistence of local and foreign ways of living. States' reactions to the strategies used by residents vary from the invisibilization of migrant groups on the city margins, to the encouragement of their real estate investments, and the gradual adaptation of rehousing and resettlement alternatives.The demonstration is organized in three parts. The first one discusses the socio-spatial concepts that structure my approach to the spatial experience of migration, mobilizing a plurality of disciplinary fields. The second is devoted to the ethnographic study of the social and spatial dynamics at play in the three study cases. The third is a perspective on the three migrant spatial experiences, and a feedback on the methodological contributions of narrative and visual tools, as well as to the multifaceted teachings in the field work experience.


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