Comment déterminer ensemble ce à quoi nous tenons ? Deux processus comptables de rationalisation entre producteurs et consommateurs au sein de controverses écologiques.

par Clarence Bluntz

Thèse de doctorat en Sciences de Gestion

Sous la direction de Frédérique Déjean.

Soutenue le 08-10-2020

à l'Université Paris sciences et lettres , dans le cadre de Ecole doctorale SDOSE (Paris) , en partenariat avec Dauphine Recherches en management (Paris) (laboratoire) , Université Paris Dauphine-PSL (établissement opérateur d'inscription) et de Dauphine Recherches en Management / DRM (laboratoire) .


  • Résumé

    L’acte d’achat valide le modèle d’affaires et constitue la performance du producteur, tout comme il construit l’identité du consommateur. Nous produisons ainsi une rationalité de l’exploitation de la nature et de l’humain en déterminant les activités économiques qui nous sont acceptables. Je m’attache à montrer que les systèmes comptables sont constitutifs de cette rationalité, parce qu’ils font concorder les jugements de l’entreprise et de ses clients : en mettant en lien les couts et les prix, ils créent une adéquation entre la valeur pour le producteur et l’utilité pour le consommateur. J’étudie la fonction des innovations comptables dans le déroulement de controverses écologiques – des moments sociaux durant lesquels la rationalité de nos actes est remise en question. Les relations entre producteurs et consommateurs peuvent alors être défaites et reconstituées par les pratiques comptables ; la comptabilité devient une machine à poser des questions et à susciter des réponses (Mouritsen & Kreiner, 2016 ; Quattrone, 2015). Je m’appuie sur le cadre théorique du Mythe Rationnel (Hatchuel, 1998) pour interpréter ces moments de l’action collective où la rationalité se reconstruit selon les apprentissages croisés des producteurs et des consommateurs. Au travers d’une analyse inductive et interprétative, basée sur une quantité importante de données secondaires, une netnographie et des entretiens, je présente deux études de cas empiriques : la plateforme de normalisation de l’Affichage Environnemental (2008-2017) et la coopérative « C’est qui le Patron ?! » (2017-2019). Je propose une généalogie et une critique du processus de rationalisation dans les controverses. Je mets en évidence la dialectique comptable qui rend ce processus possible : la comptabilité permet tour à tour le rapprochement et l’éloignement, l’opacité et la transparence, l’accélération et la décélération. Ma recherche vient s’ajouter à la littérature pour montrer comment l’incomplétude des innovations comptables facilite leur adoption : c’est elle qui permet simultanément de poser des questions et de prendre des décisions. Dans sa relation au producteur, le consommateur n’est ni responsable, ni aliéné : il est multiple et paradoxal, et c’est ce qui rend l’action collective possible. Les innovations en comptabilité sociale et environnementale qui entendent améliorer l’état du monde doivent le prendre en compte.

  • Titre traduit

    How do we determine together what we hold dear? Two processes of rationalising through accounting between producers and consumers inside ecological controversies.


  • Résumé

    The act of buying validates the business model and the performance of the producer, as it builds the consumer’s identity. Thus, we produce a rationale for the exploitation of nature and of mankind by determining which economic activities are acceptable to us. The goal of this work is to show that accounting systems are constitutive of this process. They match the judgments of the company and of its clients’: by linking costs and prices, they create a balance between the producer’s value and the consumer’s utility. I study the role of accounting innovations in ecological controversies: social moments during which the rationality of our actions is brought into question. Producers-consumers relations can be undone and constituted anew by accounting practices; accounting becomes a machine for asking questions and reflecting on possible answers (Mouritsen & Kreiner, 2016; Quattrone, 2015). I build on the rational myth theory (Hatchuel, 1998) to understand these moments of collective action, when rationality is rebuilt according to the mutual learnings of producers and consumers. Through an inductive analysis, based on secondary data, a netnography and interviews, I provide two empirical case studies: the Affichage Environnemental standardisation platform (2008-2017) and the “C’est qui le Patron ?!” coop (2017-2019). I put forward a genealogy as well as a critique of the rationalisation process in ecological controversies. I shed light on the dialectics of accountability which make this process possible: accounting concomitantly enables distance and closeness, opacity and transparency, acceleration and deceleration. I add to the literature by showing how the incompleteness of accounting innovations facilitates their adoption: it is this incompleteness which enables to simultaneously ask questions and make decisions. In their relationship to the producer, the consumer is neither all-powerful, nor alienated: she/he is multiple and contradictory; this is what makes collective action possible. Innovations in social and environmental accounting which mean to improve the state of the world need to take this into account.


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