Thèse soutenue

« Communautés énergétiques » et fabrique urbaine ordinaire : analyses croisées Allemagne, France, Royaume-Uni

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Auteur / Autrice : Flora Aubert
Direction : Taoufik SouamiXavier Bonnaud
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Aménagement de l'espace, Urbanisme
Date : Soutenance le 12/06/2020
Etablissement(s) : Paris Est
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Ville, Transports et Territoires
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (Noisy-le-Grand, Seine-Saint-Denis) - Laboratoire Techniques- Territoires et Sociétés / LATTS
Jury : Président / Présidente : Sylvy Jaglin
Examinateurs / Examinatrices : Taoufik Souami, Xavier Bonnaud, Gilles Debizet, Bernard Declève, Fanny Lopez, Florence Rudolf, Sinda Haoues-Jouve
Rapporteurs / Rapporteuses : Gilles Debizet, Bernard Declève

Résumé

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Le développement des énergies renouvelables dans les zones urbaines, suscite un intérêt grandissant, tant des professionnels que de la société civile, à partager localement l’énergie produite. Mettre en place un tel objectif relève régulièrement d’initiatives énergétiques locales. Alors que le monde de l’énergie a précédemment cherché à se rendre invisible du monde urbain, le déploiement de telles initiatives énergétiques pose la question de l’accueil de ces projets par la fabrique urbaine. Nous postulons dans cette thèse que ces initiatives énergétiques locales contribuent, à leur manière, à faire réapparaître les systèmes énergétiques dans l’urbain, ainsi qu’à reconfigurer son organisation et son fonctionnement. Le travail de recherche s’appuie sur quatre études de cas dans trois pays : l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Les cas choisis sont l’habitat participatif des Colibres à Forcalquier (France), la Klimakommune de Saerbeck (Allemagne), le projet européen Sensible de stockage électrique à Nottingham (Royaume-Uni) et l’opération d’autoconsommation collective Smartmagne à Marmagne (France). Nous nous attachons à comprendre la fabrique de ces projets, c’est-à-dire que, au-delà de la matérialité produite, nous portons nos analyses sur les acteurs et sur les mécanismes de l’action en train de se faire. Trois grands résultats sont avancés dans la thèse. Alors que le terme de ‘’communauté énergétique’’ est repris tant dans les travaux scientifiques que dans les communications nationales et européennes, nous montrons que l’utilisation du concept d’assemblage pour caractériser les initiatives énergétiques qui nous intéressent est plus pertinent. Notre objet d’étude correspond à l’articulation entre des acteurs (entreprises, chercheurs, collectifs d’habitants, promoteurs, collectivité, groupes d’intérêts, etc.) et des objets techniques et matériels relevant d’un projet énergétique spécifique : les ‘’assemblages socio-énergétiques locaux et urbains’’ (ASE-LU). Leurs liens ne sont pas basés sur des affinités sociales ou politiques, mais sont générés par la poursuite de la réalisation du projet même. Les différents projets étudiés nous permettent de situer les effets produits au sein de ce que nous appelons la fabrique ordinaire de l’urbain. Autrement dit, les cas observés, dont l’objectif commun peut être exprimé comme la mutualisation d’énergie produite localement, ne relèvent que très peu de projet d’aménagement d’envergure (ZAC, OIN, écoquartier). Dans cette fabrique ordinaire, les porteurs de projets ne choisissent pas la confrontation socio-politique pour changer les règlements, les lois et les conditions de production. Ils préfèrent emprunter les marges et les failles laissées par la fabrique ordinaire, pour faire advenir leur projet et le transformer en réalité matérielle et sociale. Enfin, nous discutons un possible rapprochement de nos études de cas avec les communs. Les ASE-LU débordent des découpages classiques (structurant pour la fabrique urbaine) entre droit de propriété et droit d’usage, entre privé et public, entre suprématie de l’intérêt général et poursuite des intérêts partiel ou individuels. Ils sont confrontés aux mêmes problématiques que les communs urbains et/ou énergétiques : blocages légaux, mobilisation de failles et d’interstices. Ils dessinent des organisations sociales et des ensembles spatio-techniques qui interrogent au moins les structures juridiques et sociales classiques, d’une part du monde de l’énergie, d’autre part, du monde de la fabrique urbaine