L’argumentaire politique du Bunker : les "discours de la tension" sous le premier gouvernement d’Adolfo Suárez (Espagne, 1976-1977)

par David Gregorio

Thèse de doctorat en ETUDES ROMANES spécialité Etudes hispaniques et hispano-américaines

Sous la direction de Florence Belmonte.

Soutenue le 20-11-2020

à Montpellier 3 , dans le cadre de École doctorale 58, Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec RESO: Recherches sur les Suds et les Orients (laboratoire) .

Le président du jury était Manuelle Peloille.

Le jury était composé de Mario Pedro Díaz Barrado.

Les rapporteurs étaient Pilar Martínez-Vasseur, Bruno Vargas.


  • Résumé

    L’ARGUMENTAIRE POLITIQUE DU BUNKER : LES « DISCOURS DE LA TENSION » SOUS LE PREMIER GOUVERNEMENT D’ADOLFO SUÁREZ (ESPAGNE, 1976-1977)Résumé :En 1976 et 1977, le gouvernement d’Adolfo Suárez et l’opposition démocratique encore majoritairement illégale parvinrent à réorienter le cap politique de l’Espagne dans une direction résolument démocratique. Après quarante années de dictature franquiste, les citoyens espagnols purent prendre part aux deux scrutins les plus libres qu’ils aient jamais connus depuis la Seconde République (1931-1936). En moins de sept mois, la loi pour la Réforme Politique fut approuvée par référendum et les élections législatives permirent la formation des premières Cortes démocratiques de la Monarchie parlementaire de Juan Carlos I. Les secteurs ultra-réactionnaires de l’Armée, de l’Église, et de l’extrême droite politique, connus dans l’opinion publique sous le terme générique de « Bunker », s’opposèrent à cette évolution pour défendre leurs convictions franquistes, l’idée particulière de l’Espagne qui en découlait, mais aussi les situations privilégiées dont ils avaient joui en récompense du soutien qu’ils avaient apporté à la dictature. La défense de cette position fut l’objectif politique principal de la revue militaire mensuelle Reconquista, dirigée par José Luis Tafur, et des deux publications placées sous la direction de Pedro Rodrigo : la revue ecclésiastique Iglesia-Mundo, au tirage bimensuel, et l’hebdomadaire Fuerza Nueva, organe de presse du parti du même nom. Fuerza Nueva, dirigé par Blas Piñar, notaire de formation et procurador depuis 1958, fut en effet le parti le plus représentatif de l’extrême droite réactionnaire pendant la Transition. D’un tirage inférieur à 14 000 exemplaires, ces publications, diffusées par souscription auprès d’un public déjà convaincu, mobilisèrent un argumentaire politique souvent commun qui puisait aux mêmes sources idéologiques. Elles dénonçaient la décadence multiforme et multifactorielle de l’Espagne sous la Transition : politique, morale, religieuse, sociale, médiatique, terroriste, etc., un déclin, en somme, qui aurait été la rançon de la démocratie. L’analyse diachronique et exhaustive de ces discours met en lumière les mécanismes rhétoriques d’une désinformation calculée qui établissait comme un fait avéré la trahison gouvernementale assortie du retour des vieux « ennemis » de l’Espagne, comme ressurgis de la Seconde République et de la guerre civile. Les revues contribuaient ainsi, selon des objectifs et des stratégies éditoriales inhérentes à chaque secteur du Bunker, à la mise sous tension des lecteurs ultras et, plus généralement, de la société toute entière. Si l’existence d’une « stratégie de la tension » – fondée sur l’utilisation stratégique de la violence terroriste de la part de l’extrême droite espagnole dans les années 1970 et 1980 – fait débat, ces publications montrent que le Bunker disposait bien d’un véritable arsenal rhétorique, d’un « bastion de papier » qui diffusait d’authentiques « discours de la tension », destinés à mobiliser les Ultras et, surtout, les militaires encore considérés comme « l’Armée de Franco », contre la démocratie en devenir. L’étude comparative de ces discours de presse conduit à cerner une communauté de pensée arc-boutée sur ses convictions, toujours plus en marge de l’évolution de la société espagnole de l’époque. Cependant, bien que le Bunker fût, finalement, privé de représentation aux Cortes à l’issue du premier gouvernement Suárez, il conservait une influence sociale et politique dirigée comme une menace planant sur l’aube de la période constituante.

  • Titre traduit

    The political arguments of the bunker : the « speech of tension » under the first government of Adolfo Suárez (Spain, 1976-1977)


  • Résumé

    THE POLITICAL ARGUMENTS OF THE BUNKER: THE « SPEECH OF TENSION » UNDER THE FIRST GOVERNMENT OF ADOLFO SUÁREZ (SPAIN, 1976-1977)SummaryIn 1976 and 1977, the government of Adolfo Suárez, together with the still illegal democratic opposition, managed to steer Spain's political course towards a resolutely democratic path. After forty years of Franco's dictatorship, Spanish citizens voted in the two most democratic elections since the Second Republic (1931-1936). In less than seven months, the Law for Political Reform was approved by referendum and the legislative elections allowed the first truly representative Cortes to be formed in the Parliamentary Monarchy of Juan Carlos I. The ultra-reactionary sectors of the Army, the Church and the political extreme right – mainly represented by the Fuerza Nueva party, led by the procurador Blas Piñar since 1966 – opposed this development to defend their Francoist convictions and the privileged situations they had enjoyed thanks to the dictatorship. This was one of the political objectives of the monthly military magazine Reconquista, directed by José Luis Tafur, and of the publications under the direction of Pedro Rodrigo: the ecclesiastical magazine Iglesia-Mundo, with a bimonthly circulation, and the weekly Fuerza Nueva, the press structure of the party of the same name. With a circulation of less than 14.000 copies, they were mainly distributed by subscription to an already convinced public, and mobilised an often common political argument that belongs to a shared ideology. All their observations increase a sensation of danger, caused by a political, moral, religious, social, mediatic, terrorist, etc. in short, in their words, a democratic decay. The diachronic analysis of these discourses highlights the rhetorical mechanisms of an elaborated propaganda and disinformation which established as a fact the treason of the government and the dramatic return of the same old foes of the Second Republic and the civil war. The magazines thus contributed to alerting ultra readers, according to particular objectives and editorial strategies inherent to each sector of the Bunker. Although the existence of a "strategy of tension", based on the political use of the terrorist violence by the Spanish extreme right in the 1970’s and 1980’s, is debatable, these publications were real rhetorical weapons, a "paper bastion" that disseminated real "discourses of tension", aimed at mobilising society and, above all, the military, considered to be "Franco's Army", against a democracy yet to be born. The comparative study of these press speeches therefore draws the outlines of a community of thought that was increasingly on the fringes of the evolution of Spanish society. Stuck on its convictions and, in the end, deprived of representation in the Cortes after the first Suárez government, the Bunker conserved some of his social and political influence that threatened the second government and the drafting of the democratic Constitution.

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