Les influences cicéroniennes dans les Lettres de Pline le Jeune : imitation, normes et distances

par Nicolas Drelon

Thèse de doctorat en Études grecques et latines

Sous la direction de Béatrice Bakhouche et de Charles Guérin.

Le président du jury était Élisabeth Gavoille.

Le jury était composé de Ermanno Malaspina, Christopher Whitton.

Les rapporteurs étaient Alessandro Garcea, Marie Ledentu.


  • Résumé

    Dans le recueil des Lettres, publié au début du IIe siècle ap. J.-C., à partir d’une sélection de textes « écrits avec soin » et pris de façon prétendument aléatoire dans sa correspondance personnelle, Pline le Jeune fait de la notion d’imitation un motif récurrent. En outre, dans cette collection de lettres, Cicéron est l’auteur dont le nom est le plus cité. Sa carrière d’orateur et, en matière épistolaire, la publication de sa Correspondance, sans doute posthume, représentent des précédents prestigieux. Dans cette thèse, nous proposons d’analyser la place et les enjeux des influences cicéroniennes, dans les Lettres de Pline. Nous nous fondons pour cela sur l’appropriation plinienne des théories de l’imitatio / aemulatio, ainsi que sur la place accordée à Cicéron, à sa vie et à ses œuvres, dans la mémoire culturelle collective de l’élite romaine. La conception plinienne de l’imitatio est relativement traditionnelle, illustrant à la fois la pensée et les pratiques romaines, et recouvre plusieurs situations : elle est d’abord intégrée au processus de formation du jeune orateur. Elle se présente également comme reproduction d’un comportement, notamment politique, et comme une étape dans l’élaboration d’une œuvre littéraire. Surtout, elle se double à chaque fois d’aemulatio, de « rivalité », c’est-à-dire d’une ambition et d’une tentative d’égaler et de dépasser le modèle. Pline multiplie et entrecroise les procédés qui suscitent, chez son lecteur, les réminiscences cicéroniennes : intertextualité précise, « pastiche », références et réécritures, situations narratives identiques. L’imitatio et l’aemulatio cum Cicerone, dans des domaines et des situations variés, permettent à l’épistolier de construire de lui-même une image valorisée. Au fur et à mesure des lettres, Pline évoque divers moments de sa carrière d’orateur et aborde des affaires dans lesquelles il a plaidé. L’épistolier reconstruit cette carrière, en éveillant les souvenirs de Cicéron. Les textes de l’Arpinate constituent un ensemble normatif cohérent, qui donne à l’action oratoire plinienne un cadre éthique (quête de gloria, défense du bien commun, respect d’officia, souci du decorum), rhétorique (Pline, élève de Quintilien, fait appel à la doctrine cicéronienne) et pragmatique (le micro-récit plinien reproduit le déroulement de procès, sur le modèle de cas défendus par Cicéron). Quelle que soit la réalité des affaires en question, la lettre plinienne illustre l’idéal cicéronien de l’orateur engagé dans la cité, apprécié des docti mais qui est avant tout capable d’avoir une parole efficace. Dans des contextes privés, Pline prolonge le rapport d’imitatio / aemulatio entretenu avec Cicéron : la mise en scène de l’orateur au repos, la composition de poèmes légers, la maladie d’un affranchi lettré, l’écriture d’une consolation et l’expression de la souffrance sont autant de situations dans lesquelles l’épistolier fait appel, plus ou moins explicitement, au souvenir de l’Arpinate. Il faut alors considérer que se met en place une complicité avec le lecteur : Pline joue à recréer des situations cicéroniennes et le lecteur est invité, de manière ludique, à identifier et à interpréter les marques de rapprochements entre l’épistolier et l’Arpinate. Au-delà d’une stratégie de valorisation de soi ou de justification éthique, l’imitatio cum Cicerone et les influences cicéroniennes s’apparentent donc à un procédé ludique de création littéraire.

  • Titre traduit

    Ciceronian influences on the Letters of Pliny the Younger : imitation, norms and distances


  • Résumé

    In the collection of Letters, published at the beginning of the 2nd century AD., from a selection of « carefully written » texts, randomly taken in his personal correspondence, Pliny the Younger the notion of imitation is a recurring motif. In this book, Cicero is the most quoted author : his career as a speaker and the -no doubt posthumous- publication of his Correspondance represent prestigious exempla. In this thesis, we propose to analyze the place and the stakes of Ciceronian influences, in the Letters of Pliny. Our reflexion is based on the Plinian appropriation of theories of imitatio / aemulatio and on the place accorded to Cicero’s life and to his works, in the collective memory of the Roman elite. The Plinian conception of imitatio is relatively traditional, illustrating both Roman thought and practice, in several situations. It is first integrated into the process of training of the speaker. It is also a reproduction of behavior, particularly political, and a step in the development of a literary work. Above all, at the same it is also aemulatio, « rivalry » : an ambition and an attempt to equal and exceed the model. Pliny multiplies and interweaves the processes which arouse Ciceronian reminiscences in his reader : precise intertextuality, « pastiche », references and rewritings, same narrative situations. Imitatio and aemulatio cum Cicerone, in various situations, build a valued image of himself. In several letters, Pliny recounts various moments of his public speaking career and the cases in which he spoke. He reconstructs this career, awakening memories of Cicero. The texts of the Arpinate are a coherent normative set, which gives to the Plinian oratory action an ethical (conquest of gloria, defense of the common good, respect for officia, decorum), rhetoric (Pliny, as student of Quintilian, obeys Ciceronian doctrine) and pragmatic framework. Whatever the reality of the cases, the Letters illustrates the Ciceronian ideal : the Plinian orator is man who is engaged in the city, appreciated by scholars but, above all, able to have an effective speech. In private contexts, Pliny continues the imitatio / aemulatio cum Cicerone relationship  : the otium litteratum, the composition of love-poems, the illness of a freedman, the writing of a consolation and the expression of suffering are situations in which Pliny appeals, more or less explicitly, to the memory of the Arpinate. We consider that the text is based on complicity between the author and the reader : Pliny plays to recreate Ciceronian situations and the reader is invited, in a playful way, to identify and interpret the marks of connections between the author and the Arpinate. Beyond a strategy of self-celebration or ethical justification, the imitatio cum Cicerone and Ciceronian influences are therefore akin to a playful process of literary creation.

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