Thèse soutenue

Nominalisation omniprésente en yukuna, langue Arawak de l’Amazonie colombienne

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Auteur / Autrice : Magdalena Lemus Serrano
Direction : Françoise Rose
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences du langage - linguistique
Date : Soutenance le 14/12/2020
Etablissement(s) : Lyon
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Lettres, langues, linguistique, arts (Lyon)
Partenaire(s) de recherche : Equipe de recherche : Laboratoire Dynamique Du Langage (1994-...)
établissement opérateur d'inscription : Université Lumière (Lyon ; 1969-....)
Jury : Président / Présidente : Denis Creissels
Examinateurs / Examinatrices : Sonia Cristofaro, Spike Gildea, Rik van Gijn, Katharina Haude
Rapporteurs / Rapporteuses : Sonia Cristofaro

Résumé

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Cette thèse porte sur la langue yukuna (ISO 693-3: ycn, Glottocode: yucu1253), une langue arawak de l’Amazonie coolombienne. Le yukuna est une langue sous étudiée et menacée de disparition, parlée par environ mille locuteurs dans des communautés situées le long du fleuve Mirití-Paraná dans le nord ouest de l’Amazonie. Cette thèse est structurée en deux parties. La partie I présente une esquisse grammaticale de la langue (119pp.), basée sur un corpus de textes de première main (25000 mots, 4,5 heures d’enregistrements). La partie II présente une description et une discussion approfondie sur la nominalisation et les constructions basées sur la nominalisation dans la langue.La nominalisation en yukuna est omniprésente dans le corpus, et elle est versatile dans ses fonctions. En effet, le yukuna a huit marques de nominalisation différentes, employées avec des formes verbales ambigües qui montrent des propriétés verbales ainsi que nominales. Ces formes verbales sont extrêmement fréquentes, se trouvant dans environ 80% des phrases du corpus. Les formes verbales portant ces marques occupent des nombreuses positions syntaxiques, avec des fonctions très variées. Au-delà de la fonction référentielle typique des nominalisations dans des positions syntaxiques nominales telles que argument d’un prédicat verbal, ces formes verbales se trouvent également dans les propositions relatives, les propositions adverbiales, des constructions de type clause chaining, voire même dans des propositions principales comme marques discursives ou de TAM. La description de ces constructions sur la base d’un corpus oral représente ainsi un défi méthodologique considérable. L’objectif de cette thèse a été d’appliquer une méthodologie rigoureuse et systématique qui rend compte de la complexité des données.Cette étude adopte une approche qui part de la forme pour décrire la function. La méthodologie adoptée positionne le prototype du groupe nominal (GN) comme l’outil principal pour identifier, catégoriser et décrire les nominalisations. Chaque construction d’intérêt est donc décrite selon le degré auquel ses traits correspondent au prototype du GN ou s’en écartent, du point de vue tant de sa morphosyntaxe interne que de sa distribution externe. Cette méthode est particulèrement adaptée pour identifier les trajets d’expansion fonctionelle des nominalisations, en séparant leurs usages dans des positions syntaxiques nominales, de leurs usages dans des positions syntaxiques exclues des GN. J’emploi le terme ‘construction basée sur la nominalisation’ pour décrire ces usages novateurs des nominalisations, en suivant la terminologie proposée par Post (2011). Les résultats de l’application de cette méthode aux données du yukuna révèlent que les fonctions des nominalisations du yukuna sont comparables à celles décrites dans la literature sur les nominalisations versatiles. Le yukuna est remarquable sur la co existance de tant d’usages des nominalisations en synchronie.