Arméniens et Catholiques, de l'émancipation au schisme : une identité contrariée au temps de l'éveil des nationalités (1809 -1888)
| Auteur / Autrice : | Salim Dermarkar |
| Direction : | Bernard Heyberger |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Histoire et civilisations |
| Date : | Soutenance le 13/11/2020 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Jury : | Président / Présidente : Philippe Boutry |
| Examinateurs / Examinatrices : Philippe Boutry, Raymond Haroutiun Kévorkian, Catherine Mayeur-Jaouen, Frédéric Gugelot, Claire Mouradian | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Raymond Haroutiun Kévorkian, Catherine Mayeur-Jaouen | |
| DOI : | 10.70675/7b950143z9997z43a9z8c16za05fd2b5a2fb |
Résumé
Peut-on être à la fois Arménien, membre d’un Millet ottoman et catholique ? cette question est sous-jacente aux multiples conflits qui ont émaillé l’histoire de cette communauté au cours du XIXe siècle. L’émancipation des Arméniens catholiques de la tutelle des Arméniens Apostoliques a donné lieu à un dédoublement de juridiction, avec la création d’un « Katolik Milleti » et d’un archevêché primatial rattaché directement à Rome et indépendant du Patriarcat Arménien catholique de Cilicie. Les Arméniens catholiques de l’empire ottoman, soucieux de réunion avec les Arméniens apostoliques, se sont partagés entre partisans de l’alignement sur la discipline latine et partisans du maintien des usages de l’Eglise Arménienne et d’une autonomie relative de leur institution patriarcale. Ces divisions ont connu deux moments de tensions extrêmes, entre 1847 et 1853, autour de la condamnation de la société Hamazkeyats (La Nation Unanime), symptomatique du Réveil culturel arménien initié par les mekhitaristes de Venise, et entre 1867 et 1888, avec la formation d’un schisme et d’une Eglise Arménienne catholique orientale à laquelle l’Ordre des moines antonins arméniens a largement contribué. Les deux séries de conflits sont marqués par la personnalité et le rôle controversé de Mgr Antoine Hassoun, archevêque-primat de Constantinople puis Patriarche des Arméniens catholiques, et par l’intervention de notables laïcs influents. Ce travail rend compte de l’étroite connexion entre ces évènements et ceux qui secouent l’Eglise romaine en Europe au temps du Printemps des Peuples, dans ses rapports avec les Puissances catholiques, avec le catholicisme libéral, et avec différents courants gallicans, et qui ont contribué au développement du catholicisme intransigeant. Les ambiguïtés et les limites des Réformes entreprises par l’empire ottoman sont mises en relief au cours de la révolte de Zeytoun de 1862, qui témoigne des résistances à la disparition d’un ordre local ancien, du rôle des missions franciscaines et des espoirs d’intervention de la France en vue d’un statut d’autonomie analogue a celui qui venait d’être accordé au Liban. Par la lettre apostolique Reversurus, Pie IX tente d’imposer une modification majeure de la discipline de l’Eglise Arménienne catholique en vue de l’aligner sur la discipline latine. La résistance à cette décision est à l’origine du schisme, qui se manifeste pendant le concile Vatican I, alors qu’une alliance se noue entre les évêques arméniens proches des dissidents et les évêques de la minorité hostile à l’infaillibilité. Le caractère spécifique du régime des Millets dans l’empire ottoman provoque l’hostilité de la Porte au Reversurus, accusé de porter atteinte aux droits du Sultan. Cette hostilité combinée à une forte opposition d’une partie de la communauté au patriarche Hassoun, provoque un long schisme interne. A la jonction des trois puissants leviers qui travaillent la communauté, le levier ethno-culturel, le levier politique interne et externe à l’empire ottoman, et le levier religieux, une reconstruction difficile de l’identité des Arméniens catholiques va se mettre en place au terme d'un long schisme, en attendant que les évolutions de l’ecclésiologie produites à partir de Vatican II ne viennent confirmer les intuitions des Arméniens attachés au maintien de la discipline de leur Eglise.