Thèse soutenue

La monarchie en question : L'Angleterre victorienne face au républicanisme

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Auteur / Autrice : Mariana Bonnouvrier
Direction : Martine Monacelli-Faraut
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langue, littérature et civilisation anglophones
Date : Soutenance le 18/12/2020
Etablissement(s) : Université Côte d'Azur
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sociétés, humanités, arts et lettres (Nice ; 2016-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire interdisciplinaire Récits Cultures et Sociétés. UPR 3159 (Nice ; 2012-....)
Jury : Président / Présidente : Fabrice Bensimon
Examinateurs / Examinatrices : Didier Revest
Rapporteurs / Rapporteuses : Neil Davie

Résumé

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En dépit de l’immense popularité de la reine Victoria à la fin de son règne, la monarchie victorienne subit une période de critique antimonarchiste intense qui a nourri un « mouvement républicain » dont les historiens situent l’émergence dans les années 1870. Les formes de républicanisme qui s’expriment à d’autres périodes du règne, notamment sous l’influence continue d’une tradition républicaine héritée du dix-septième siècle ainsi que des idées européennes, ont peu intéressé les historiens, pas plus d’ailleurs que les réactions de la Couronne et de ses partisans, qui n’ont jamais fait l’objet d’une étude systématique.Cette thèse s’attache à examiner comment les idées républicaines furent reçues, combattues mais aussi intégrées par la monarchie victorienne, en procédant à une analyse d’écrits républicains et monarchistes publiés sous le règne de Victoria. Elle présente à la fois une vision d’ensemble du phénomène républicain au dix-neuvième siècle qui permet d’en évaluer la force et la portée dans les esprits et une analyse de l’évolution des « stratégies » de défense de la monarchie et de ses partisans tout au long du règne.En Angleterre, les rapports entre monarchie et république sont intimement liés au sein d’une tradition républicaine ininterrompue depuis le dix-septième siècle, enrichie par la pensée européenne mais qui reste très attachée au Commonwealth et rejette la révolution au profit de la réforme. Au dix-neuvième siècle, le républicanisme anglais s’exprime en deux vagues dont nous avons voulu mettre au jour les différences et les faiblesses idéologiques. En particulier, l’antimonarchisme des années 1870, qui va finir par pousser de nombreux républicains à opérer un retour vers les origines de la tradition républicaine anglaise qui ne perçoit pas la monarchie comme incompatible avec les principes républicains. Surtout, notre étude permet de mesurer l’impact de la « loyauté avec réserves », critique sévère mais bienveillante qui pousse l’institution à se réformer pour garantir le bien commun. L’intégration des principes républicains jugés inacceptables au siècle précédent dans la rhétorique loyaliste atteste de la « républicanisation » de la monarchie qui se produit au dix-neuvième siècle. Notre travail postule aussi l’existence d’une stratégie de défense concertée dont nous avons pu constater que les lignes de force puisent dans les idées mêmes des mouvements qui contestent son existence. Cette stratégie qui prive ainsi l’antimonarchisme de ses meilleurs arguments apporte un élément de réponse supplémentaire à l’échec de la création d’un mouvement républicain sous le règne de Victoria et permet de comprendre comment et pourquoi la monarchie a si bien résisté aux attaques de ses adversaires déclarés.L’ensemble enfin confirme que le républicanisme anglais a bien informé la monarchie depuis la Glorieuse Révolution, menant à l’établissement d’une « monarchie républicaine » sous George III puis d’une « république couronnée » sous Victoria. Dans le contexte anglais, le républicanisme apparaît donc comme une idéologie qui ne se soucie pas tant de la forme de gouvernement que des principes à y mettre en œuvre dans le but de promouvoir le bien commun. L’Angleterre serait alors « républicaine en théorie » mais « monarchiste en pratique » comme l’affirment bon nombre de penseurs victoriens.