Quand la nominalisation envahit la subordination : étude sur ‘ce que’ dans les propositions subordonnées en français, selon une approche comparative, diachronique et expérimentale

par Ingrid Konrad

Thèse de doctorat en Linguistique théorique, descriptive et automatique

Sous la direction de Caterina Donati.

Soutenue le 22-07-2019

à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Sciences du langage (Paris ; 1992-2019) , en partenariat avec Université Paris Diderot - Paris 7 (1970-2019) (établissement de préparation) et de Laboratoire de linguistique formelle (Paris) (laboratoire) .

Le président du jury était Anne Abeillé.

Le jury était composé de Caterina Donati, Anne Abeillé, Carlo Cecchetto, Maria Lobo, Barbara Hemforth.

Les rapporteurs étaient Carlo Cecchetto, Maria Lobo.


  • Résumé

    Cette thèse porte sur la syntaxe des propositions subordonnées impliquant `ce’ en français, à savoir certaines complétives, certaines relatives et certaines interrogatives indirectes. Il semblerait que la nominalisation ait envahi la subordination en français et je m’interroge sur le statut et le rôle de l’élément nominal (D) `ce’ dans ces différentes constructions. Une grande partie de cette thèse se focalise sur l’ambiguïté atypique entre relatives à tête allégée (CITKO, 2004) et interrogatives indirectes introduites par `ce qui/ce que’. A partir d’une étude diachronique du 11ème au 17ème siècles, de tests de répétition de phrases avec des enfants français âgés entre 3 et 6 ans, d’une comparaison avec le portugais à la fois sur le plan syntaxique et sur le plan de l’acquisition, et d’une expérience de lecture par présentation auto-segmentée avec des adultes francophones, j’exclus l’hypothèse d’une incorporation de `ce’ à `que’ donnant lieu à un nouveau mot wh- /səkə/. Le comportement syntaxique atypique, en synchronie, des interrogatives indirectes introduites par `ce qu-‘ me conduit à les analyser comme des DPs. Je propose qu’il s’agit en réalité de questions déguisées en relatives. Cette proposition m’amène à réfléchir à deux problèmes : le problème de la sélection et le problème de l’interprétation. En m’appuyant sur l’analyse des complétives en P+ce+que par ZARING, 1992 ainsi que plusieurs données dans d’autres langues, je mets en évidence l’existence de CPs nominalisés et j’affirme que la distinction syntaxique entre DP et CP n’est pas catégorique. Quant à la question de comment une relative avec `ce’ comme tête peut être interprétée comme une question, je postule que `ce’ est explétif, donc dénué de référentialité, tout comme dans les complétives. Les deux structures relatives (vraies relatives et questions déguisées en relatives) sont dérivées par appariement impliquant un opérateur nul. Mais la relation de prédication entre l’opérateur et la tête `ce’ ne se concrétise que dans les vraies relatives, où `ce’ est référentiel. Ainsi, les propositions subordonnées impliquant `ce que’ en français ont toutes une structure DP+CP. Toutefois, l’élément D `ce’ n’est référentiel et interprétable sur le plan sémantique que dans les relatives à tête allégée.

  • Titre traduit

    When nominalization pervades subordination : a study on ‘ce que’ in subordinate clauses in French, through a comparative, diachronic and experimental approach


  • Résumé

    This dissertation deals with the syntax of subordinate clauses involving `ce’ in French, namely a particular kind of complement clauses, a particular kind of relative clauses and a particular kind of indirect questions. It seems that nominalization has pervaded subordination in French, and I am questioning the status and the role of the nominal element (D) `ce’ in these constructions. A large part of this dissertation focuses on the syntactic ambiguity between light-headed relatives (CITKO, 2004) and indirect questions introduced by `ce qui/ce que’. On the basis of a diachronic study ranging from the 11th century to the 17th century, of a number of sentence repetition tasks performed on French children, aged from 3 to 6 years of age and of a self-paced reading experiment performed with French adults, I exclude that `ce’ and `que’ have incorporated and that /səkə/ is a wh-word. A closer scrutiny of the atypical syntactic behaviour, in synchrony, of indirect questions introduced by `ce qu-‘ leads me to analyse them as DPs. My proposal is that these structures are indeed questions disguised as relative clauses. This proposal brings me to reconsider two issues: the selection issue and the interpretation one. Building on the analysis of complement clauses in P+ce+que given by ZARING, 1992, as well as several data in other languages, I emphasise the existence of nominalized CPs, and I claim that the syntactic distinction between DP and CP is not categorical. As for the issue of how a relative clause with `ce’ as a head can get to be interpreted as a question, I assume that `ce’ is expletive, and thus devoid of referentiality, just like it is in complement clauses. Both relatives with `ce que’ (true relatives and questions disguised as relatives) are generated through a matching derivation involving a null operator. But the predicative relation holding between the operator and the head `ce’ only takes a value in true relatives, where `ce’ is referential. Concluding, subordinate clauses involving `ce que’ in French all have a DP+CP structure. However, the D element `ce’ is semantically referential and interpretable only in light-headed relatives.

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