Problématisation, politisation et mesures de résorption des vulnérabilités énergétiques : entre droit à l’énergie et contrôle des pratiques des pauvres à Porto et à Barcelone

par Lise Desvallées

Thèse de doctorat en Géographie

Sous la direction de Olivier Coutard.

Le président du jury était Sylvy Jaglin.

Le jury était composé de Olivier Coutard, Stefan Buzar, Hélène Reigner, Jonathan Rutherford, David Saurí Pujol.

Les rapporteurs étaient Stefan Buzar, Hélène Reigner.


  • Résumé

    50 millions d’Européens rencontrent des difficultés financières pour se chauffer, cuisiner ou éclairer leur logement. Les ménages qui se privent de ces services faute de revenus suffisants, qui consacrent une part importante de leurs budgets à ce poste de dépense, sont en situation de vulnérabilité énergétique. La législation européenne requiert des États membres qu’ils établissent des politiques de mesure et de résorption du problème. Cet objectif est complexe parce que la vulnérabilité énergétique est au croisement d’un ensemble de facteurs saisis par des politiques sectorielles distinctes : le prix de l’énergie, l’efficacité énergétique des logements, les aides sociales.Cette thèse pose la question des conditions d’émergence du problème des vulnérabilités énergétiques dans les agendas publics nationaux et locaux en mobilisant une approche d’Urban political ecology. L’enquête comparative est menée dans deux villes (Porto et Barcelone) où l’enjeu est important et traité de manières distinctes. Notre analyse propose d’étudier les facteurs qui se combinent pour créer des situations de vulnérabilité, et les faire émerger comme un problème public. Elle s’intéresse à la fois aux législations, aux innovations locales et au traitement médiatique du problème. Nous confrontons ces formes d’action collective avec une étude des conditions concrètes de vulnérabilité énergétique vécues par des ménages précaires accompagnés par l’assistance sociale et par des associations caritatives.Le principal résultat de la thèse est que les situations de vulnérabilités énergétiques sont politisées, ce qui implique à la fois de nouveaux acteurs et des acteurs traditionnels de la gouvernance de l’énergie et se traduit par deux types de réponses. Nous montrons aussi comment la militance de collectifs associatifs fait émerger un droit à l’énergie, qui n’est pas inscrit dans la législation nationale et qui, sous la pression de nouveaux mouvements sociaux, devient un impératif pour les collectivités locales. Nous montrons enfin la diffusion d’un modèle d’interventions auprès de ménages qui vise à réduire les consommations pour diminuer le montant des factures et limiter le nombre d’impayés d’énergie. Ce modèle expérimental et peu onéreux rencontre les intérêts d’organisations issues de la société civile, de collectivités locales, de fournisseurs d’énergie même s’il représente pour les ménages vulnérables une prolongation de leurs efforts de réduction de leurs factures d’énergie

  • Titre traduit

    Problematizing, politicizing and reducing energy vulnerabilities : between a right to energy and a control of the practices of the poor in Porto and Barcelona


  • Résumé

    50 million Europeans face financial difficulties to heat, cook or light their homes. Households in energy vulnerability either limit the use of these services because they do not have sufficient income, or devote a disproportionately large part of their overall budget to paying energy bills. European legislation requires Member States to establish policies for measuring and resolving the problem. This objective is complex because energy vulnerability is at the intersection of a set of factors covered by different sectoral policies: the pricing of energy, the energy efficiency of housing, and social assistance.This thesis studies the emergence of energy vulnerability in national and local public agendas with an urban political ecology framework. I conducted a comparative survey in two cities (Porto and Barcelona), where the issue is important and treated in different ways. I analyze the factors that combine to create situations of energy vulnerability in these cities and which turn them into public problems, through media, legislation and local innovations. Policy analysis is complemented by study of the concrete conditions of energy vulnerability as they are experienced by households which are in touch with social assistance agencies and charities.The main result of the thesis is that situations of energy vulnerability are politicized by both new actors and traditional players in energy governance. I show how civil society activism gives rise to a right to energy, which is not enshrined in national legislation and which, under the pressure of new social movements, becomes an imperative for local communities. I then analyze the diffusion of programs targeting vulnerable households, based on a model that aims at reducing consumption and therefore limiting the number of unpaid energy bills. This experimental and inexpensive model meets the interests of organizations from civil society, local communities, energy suppliers and the households themselves who were already reducing their expenses


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