Thèse soutenue

La République entre péril intérieur et insécurité extérieure

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Auteur / Autrice : Tristan Le Joncour
Direction : Michel Biard
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 13/06/2019
Etablissement(s) : Normandie
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Normandie Humanités (Mont-Saint-Aignan, Seine-Maritime)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Groupe de recherche d'histoire (Mont-Saint-Aignan, Seine-Maritime ; 2004-....)
Etablissement de préparation de la thèse : Université de Rouen Normandie (1966-....)
Jury : Examinateurs / Examinatrices : Michel Biard, Hervé Leuwers, Anne de Mathan, Anne Simonin, Yannick Bosc, Pascal Hintermeyer
Rapporteurs / Rapporteuses : Hervé Leuwers, Anne de Mathan

Résumé

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La distinction de l’ami et de l’ennemi comme facteur déterminant du politique – théorie de Carl Schmitt – a été développée par son élève, traducteur et introducteur Julien Freund, qui précisa « l’essence du politique » par deux autres facteurs : les distinctions du commandant et du commandé, du public et du privé. Le moment de fondation ou de refondation du politique (le kairos grec) est la « situation exceptionnelle » dont la qualification est l’œuvre du souverain. Freund apporte à cette conception schmitienne deux éléments objectifs : la guerre civile et la guerre étrangère faisant de la crise politique la mise en danger de mort de la collectivité, soit la conjugaison du péril intérieur et de l’insécurité extérieure. Correspondent seules à cette définition la Grande Révolution et la Révolution nationale. Le retour en France de l’ennemi (non de la guerre) est la « reprise » (Kierkegaard : la chose du passé surgissant telle qu’en elle-même l’a changée la nouvelle situation) du conflit à la fois étranger et civil de 1954-1962, conflit qui amena la réforme de la loi fondamentale (référendum d’octobre 1958), la décision de la situation exceptionnelle (application de l’article 16, permettant l’incarnation du commandement pour la première fois depuis 1944) et l’installation du régime (référendum d’octobre 1962). L’assimilation de l’Epuration à la « Terreur jacobine » occulte la remise en vigueur des lois révolutionnaires par l’État français, des lois de la Restauration par le pouvoir gaullo-communiste. Tandis que les auteurs contre-révolutionnaires avaient décrit dans la Révolution une œuvre providentielle de régénération nationale, les théories politiques subversives d’illustres « révolutionnaires » et leur mise en pratique (par leurs eux-mêmes) contredisent l’action et le bilan du jacobinisme illibéral : patriotisme de Brissot, fédéralisme de Cloots, communisme de Babeuf. Une dialectique révolutionnaire-conservatrice (réaliste) rencontre donc en miroir une dialectique réactionnaire-progressiste, impolitique en ce sens que son but est le dépassement, l’anéantissement ou l’implosion d’une collectivité politique donnée, la Nation. Robespierre, sous cet angle, incarna donc la tendance conservatrice de la Révolution. La victoire inaugurale de l’oligarchie par un coup de force parlementaire (Thermidor) passe par la délégation du pouvoir souverain, de la députation vers l’armée (stratocratie). Au bout d’une génération, la monarchie de Juillet consacre l’alliance structurelle de l’Ordre et du Mouvement. C’est le coup d’État de 1851 qui ressuscite le suffrage universel ; puis le second Empire reviendra sur l’héritage libéral de 1789 au temporel (abolition des corporations, interdiction des coalitions) comme au spirituel (constitution civile du clergé) en dotant l’Église et en autorisant les syndicats (1864). S’institutionnalise après la guerre étrangère (franco-prussienne) puis civile (Commune) un « nouvel Ancien régime » (Pierre Leroux) dont la gauche constituera l’aile active ; la droite, l’aile passive. En 1939, le gouvernement décidant de la guerre contre l’avis du Parlement, ce qui restait de République est renversé de fait ; le congrès réuni à Vichy, par son vote du 10 juillet 1940, reconquiert paradoxalement la souveraineté en la déléguant. L’histoire du régime de Vichy doit donc être revue à cette lumière, comme celle du gaullisme (dissidence de la Tradition) et de la résistance communiste (dissidence de la Révolution) ; ces deux dernières forces, réunies à partir de 1941, reconstitueront le mouvement réactionnaire-progressiste. Les mémoires de la Révolution française et de la Révolution nationale sont battues en brèche sous les coups d’un libéralisme toujours plus hégémonique, altérant le Peuple, la Constitution, le politique lui-même. Le régime libéral renvoie dos à dos jacobinisme et maurrassisme dans le même enfer mémoriel.