Évolution de la voix humaine : le rôle de la sélection sexuelle

par Alexandre Suire

Thèse de doctorat en Sciences de l'évolution et de la Biodiversité

Sous la direction de Michel Raymond et de Mélissa Barkat.

Le président du jury était Evelyne Heyer.

Le jury était composé de Michel Raymond, Mélissa Barkat, Evelyne Heyer, Jacqui Shykoff, Dan Dediu, Jean-Baptiste André, Julien Renoult, Didier Demolin.

Les rapporteurs étaient Jacqui Shykoff, Dan Dediu.


  • Résumé

    Il a été suggéré que la voix grave des hommes résulterait de l’action de la compétition intrasexuelle pour signaler aux compétiteurs la dominance, la menace et la masculinité, tandis que la voix relativement aiguë des femmes serait le produit de la compétition intersexuelle pour signaler la fertilité et la féminité. En effet, au-delà du message linguistique, la voix humaine révèle de précieuses informations biologiques et sociales sur la qualité et la condition des locuteurs telles que le sexe, l’âge, la dimension corporelle, la personnalité et possiblement le statut social. Ces indices prennent toutes leur importance lorsqu’il s’agit d’évaluer des compétiteurs et d’éventuels partenaires sexuels. Au cours de cette thèse, nous avons ainsi étudié le rôle fonctionnel de la voix humaine sous l’angle de la sélection sexuelle. Premièrement, nos travaux suggèrent que les préférences vocales ne sont pas universelles et qu’elles dépendent de l’environnement culturel en question, puisque plusieurs de nos résultats dans une population de locuteurs francophones montrent que les hommes sont attirés par des voix relativement graves chez les femmes, contrairement à ce qui est majoritairement observée dans les populations anglophones. De même, la plupart des études se sont focalisées sur la hauteur et le timbre, mais nos résultats suggèrent que la qualité phénotypique peut être exprimée par d’autres éléments de la qualité vocale tels que la raucité, le souffle et divers éléments prosodiques. Deuxièmement, les interprétations évolutives jusque-là évoquées dans la littérature pour expliquer ces préférences restent insatisfaisantes. En effet, nos résultats montrent d’une part que la voix des hommes n’est pas corrélée au taux de testostérone, remettant en question l’idée d’un signal « honnête » de l’immunocompétence et, d’autre part, que la modulation vocale, correspondant à un pattern dynamique de la voix en contexte interactionnel, souligne l’importance d’étudier la voix dans des situations écologiquement valides. Enfin, nous avons montré via le principe du symbolisme phonétique que le dimorphisme sexuel de la voix humaine se traduit également au niveau de la composition sonore des prénoms et de leur attribution en fonction du sexe. Pour conclure, notre travail offre de nouvelles pistes de réflexion et établit la sélection sexuelle comme un paradigme de choix pour étudier la voix humaine.

  • Titre traduit

    Evolution of the human voice : the role of sexual selection


  • Résumé

    It has been suggested that the deep voices of men have been selected through intrasexual competition to signal dominance, threat and masculinity to competitors, whereas the high voices of women have been selected through intersexual competition to signal fertility and femininity. Indeed, beyond the linguistic message, the human voice conveys valuable biological and social information about the quality and condition of the speakers such as sex, age, body configuration, personality and possibly social status. These cues are crucial when assessing competitors and potential sexual partners. In this thesis, we studied the functional role of the human voice through the lens of sexual selection. Firstly, our work suggests that vocal preferences are not universal and depend on the culture under study, since several of our results in a population of French speakers show that men are attracted by relatively low-pitched voices in women, as opposed to what has been observed in English speaking populations. Likewise, most studies have focused on pitch and timbre, but our results suggest that phenotypic quality may be expressed through other elements of voice quality such as roughness, breathiness, and various prosodic elements. Secondly, the evolutionary interpretations hitherto evoked in the literature to explain these preferences remain unsatisfactory. Indeed, our results show that, on one hand, men's voices are not correlated with testosterone levels, suggesting that they are not a “honest” signal of immunocompetence and, on the other hand, that vocal modulation, which corresponds to a dynamic modification of voice quality in an interactional context, emphasizes the importance of studying voice in ecologically valid situations. Finally, we have shown through the principle of sound symbolism that the sexual dimorphism of the human voice is also reflected in the sound composition of first names and their attribution according to sex. To conclude, the present work offers several new lines of research and establishes sexual selection as a key evolutionary paradigm to study the human voice.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse\u00a0?

  • Bibliothèque : Bibliothèque interuniversitaire. Bibliothèque électronique.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.