Thèse soutenue

La fabrique du "problème lapin" : enquête et tentative de dénouement d'un problème hybride en contexte péri-urbain. Le cas de la Seine-Saint-Denis

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Auteur / Autrice : Léo Martin
Direction : Romain JulliardFrédérique Chlous-DucharmeJulie Marmet
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Anthropologie de l'environnement et sciences de la conservation
Date : Soutenance le 26/06/2019
Etablissement(s) : Paris, Muséum national d'histoire naturelle
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences de la nature et de l'Homme - Évolution et écologie (Paris ; 1995-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre des sciences de la conservation (Paris ; 2003-....)
Jury : Président / Présidente : Guillaume Decocq
Examinateurs / Examinatrices : Romain Julliard, Frédérique Chlous-Ducharme, Guillaume Decocq, Isabelle Mauz, Igor Babou, Marie Roué
Rapporteurs / Rapporteuses : Isabelle Mauz, Igor Babou

Résumé

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Le caractère synanthrope de certaines espèces ou simplement leur présence en milieu urbain n'est pas sans poser bon nombre de questions dès lors qu'il s'agit pour les humains de coexister avec ces espèces. Plus spécifiquement, les espaces verts en milieux urbains et péri-urbains favorisent la présence d'animaux et de végétaux non désirés ou trop nombreux. Ceux-ci peuvent créer des conflits avec et entre les humains. La résolution de ces conflits pose de sérieuses questions aux sciences de la conservation face aux menaces qu'ils représentent pour les non-humains et les humains. Cependant, leur complexité rend leur résolution difficile au point de faire d'eux des problèmes récalcitrants. Cette thèse propose d'analyser la construction d'un problème de coexistence humains/animaux en cherchant à comprendre les résistances qui y sont associées. Dans ce cadre, les parcs urbains de la Seine-Saint-Denis, ici parc du Sausset et parc Georges Valbon, connaissent depuis les années 1980 des difficultés de gestion vis-à-vis d'une espèce familière : le lapin de garenne. Ce dernier occasionne en effet des "dégâts" sur les arbres, les pelouses, les talus et les sentiers dans des espaces à forts enjeux paysagers. En dépit de la diversité des techniques de gestion déployées ou du recours à des formes d'expertise multiples, le "problème lapin" persiste toujours dans les parcs. Au moyen d'une démarche ethnographique comprenant entretiens semi-directifs, observations participantes et consultations d'archives administratives, cette thèse retrace la genèse du "problème lapin". Elle comprend ainsi l'historique de gestion du lapin dans les parcs depuis 1980. En s'appuyant sur ce récit, les discussions, les controverses et les disputes autour du lapin sont analysées en cherchant à identifier les "résistances" qui permettent à ce problème d'être récalcitrant. Ces résistances sont autant liées à la capacité du lapin à échapper aux dispositifs de contrôle qu'aux multiples fonctionnalités des parcs et caractéristiques historiques et organisationnelles des dispositifs de gestion. Ces travaux ont débouché sur la mise en place d'ateliers au sein des institutions de gestion des parcs en s'inspirant de l'analyse en groupe (Mercier, 1981). Ceux-ci ont permis de valider l'historique réalisé, de dégager des convergences et des divergences d'interprétation de ce problème et de co-construire trois scénarios de gestion envisageables au regard des enquêtes effectuées. Au travers de cette expérience, cette thèse questionne, d'une part, les modalités de résolution des problèmes de coexistence humains/animaux, et d'autre part, en convoquant la figure mythologique du "Trickster", de révéler comment le "problème lapin" interroge l'identité des parcs.