La cigarette électronique chez les étudiants : trajectoires de consommation et profils d’usage

par Shérazade Kinouani

Thèse de doctorat en Santé publique Epidémiologie

Sous la direction de Christophe Tzourio et de Emmanuel Langlois.

Soutenue le 15-11-2019

à Bordeaux , dans le cadre de École doctorale Sociétés, politique, santé publique (Bordeaux) , en partenariat avec Bordeaux population Health (laboratoire) .


  • Résumé

    Introduction : L’usage chronique de tabac est une pratique nocive pour la santé, favorisée par l’installation d’une addiction. Les e-cigarettes sont des dispositifs électroniques pouvant délivrer de la nicotine destinée à être inhalée. Un récent essai clinique suggère qu’elles pourraient être plus efficaces que les traitements de substitution nicotinique pour obtenir l’arrêt du tabac chez les fumeurs adultes. L’absence de combustion en fait aussi une alternative dans la réduction des risques et des dommages liés au tabac. Ces bénéfices potentiels pour les fumeurs restent néanmoins à confirmer. Ils sont contrebalancés par l’absence de données sur les risques liés à leur usage prolongé et par la passerelle vers le tabagisme que constitue leur usage par les non-fumeurs adolescents ou jeunes adultes. Peu d’études se sont justement intéressées à l’usage d’e-cigarettes en population de jeunes adultes. Notre objectif était de décrire l’usage d’e-cigarettes (motivations, trajectoires, vécu, profils d’usagers) et son évolution en population étudiante. Méthodes : Entre Octobre 2014 et Novembre 2018, nous avons mené un projet de recherche par méthode mixte, associant une étude observationnelle de cohorte en ligne nichée dans le projet i-Share (suivi sur 12 mois), une revue systématique de littérature et une étude qualitative par entretiens semi-dirigés auprès d’étudiants bordelais. Résultats : L’expérimentation d’e-cigarettes a été déclarée en 2016 par 36 % des étudiants interrogés dans i-Share. La prévalence de l’usage actuel (occasionnel ou quotidien) d’e-cigarettes était estimée à 7 %. Le vapotage était majoritairement une pratique d’anciens fumeurs et de fumeurs. Les raisons d’expérimenter comme de prolonger l’usage d’e-cigarettes étaient plurielles, combinant i) des raisons en lien avec l’usage de tabac/nicotine ; ii) d’autres en lien avec les propriétés fonctionnelles des e-cigarettes ou leur praticité et iii) des raisons sociales. La curiosité était cependant la raison la plus citée d’expérimentation, indépendamment du statut tabagique. Chez les fumeurs, la probabilité d’arrêt du tabac à l’issue d’un suivi sur 12 mois n’était statistiquement pas corrélée à l’usage d’e-cigarettes. Pourtant, certains étudiants réussissaient à arrêter de fumer via les e-cigarettes dans notre étude qualitative. Quatre trajectoires de l’usage d’e-cigarettes et de tabac ont pu être décrites chez des fumeurs ayant vapoté pendant au moins 2 mois consécutifs : l’arrêt du tabac sans transition par un usage dualiste ; l’arrêt planifié et acquis du tabac, après un usage dualiste transitoire ; l’arrêt planifié mais non acquis du tabac, avec un usage dualiste en cours ; l’usage dualiste sans arrêt planifié du tabac. Un processus d’apprentissages s’opérait chez les étudiants au cours du vapotage prolongé. L’apprentissage avait lieu à différents niveaux : dans la recherche des effets, dans le rapport avec le dispositif électronique, dans les interactions sociales et dans le mécanisme cognitif de rationalisation de la poursuite du vapotage. Ce processus d’apprentissages était décrit indépendamment du souhait d’arrêt du tabac. Conclusion : Notre analyse des données recueillies dans i-Share ne montrait pas d’association entre l’usage d’e-cigarettes et l’arrêt du tabac chez des étudiants fumeurs. Les hypothèses possibles sont i) qu’elles ne sont effectivement pas efficaces ou ii) que les jeunes adultes fumeurs qui vapotent ne ressentent pas tous le besoin d’arrêter de fumer et ne les utilisent donc pas dans cette perspective. Chez les fumeurs qui s’inscrivent dans un vapotage prolongé, les trajectoires d’usage d’e-cigarettes et de tabac paraissent influencées non seulement par leur projet initial d’arrêt du tabac (motivation au changement) mais aussi par leur vécu au cours de l’usage d’e-cigarettes. Cela aboutit dans certains cas à l’arrêt du tabac.

  • Titre traduit

    Electronic cigarettes in students : consumption trajectories and use profiles


  • Résumé

    Introduction: Chronic use of tobacco is a harmful practice for health, favored by the installation of an addiction. E-cigarettes are electronic devices that can provide nicotine to be inhaled. A recent clinical trial suggests that they may be more effective than nicotine replacement therapy for smoking cessation in adult tobacco smokers. The absence of combustion also makes them an alternative in harm reduction related to tobacco. These potential benefits for smokers remain to be confirmed. And benefits are counteracted by the lack of data on the risk associated with their continued use and the gateway to tobacco if they are used by non-smokers, particularly among adolescents or young adults. Few studies have focused on the use of e-cigarettes in young adults. Our goal was to describe the use of e-cigarettes (reasons for use, trajectories, personal experience, user profiles) and its evolution in the student population. Methods: Between October 2014 and November 2018, we led a mixed-method research combining an observational online cohort study nested in the i-Share project (12-month follow-up), a systematic review and a qualitative study by semi-directed interviews among students in Bordeaux (France). Results: The e-cigarette experiment was declared in 2016 by 36% of students in i-Share project. The prevalence of current use (daily as non-daily) was estimated at 7%. Vaping was mostly a practice of former smokers and smokers. The reasons for experimenting and continuing the use of e-cigarettes were plural, combining: i) reasons related to tobacco / nicotine use; ii) others reasons related to the functional properties of e-cigarettes or their practicality and iii) social reasons. However, curiosity was the most cited reason for experimentation, regardless of smoking status. Among smokers, the probability of smoking cessation at 12-month was statistically uncorrelated with the use of e-cigarettes. Yet some students were able to quit tobacco smoking via e-cigarettes in our qualitative research. Four trajectories in the use of e-cigarettes and tobacco have been described in smokers who used e-cigarettes for at least 2 consecutive months: cessation of smoking without transition by dual use; planned and acquired cessation of tobacco, after a transitional dual use; a planned cessation of tobacco, with dual use in progress; dual use without a planned smoking cessation. A learning process was taking place in students during their continued use of e-cigarettes. Learning took place at different levels: search for effects, relation with their electronic device, social interactions and cognitive mechanism of justifications for pursuing e-cigarette use. This learning process was described independently of the desire to stop smoking. Conclusion: Our analysis of the data collected in i-Share project did not show an association between the use of e-cigarettes and smoking cessation among student smokers. The possible hypotheses are i) that e-cigarettes are in fact not effective or ii) that young adult smokers - not feeling the need to quit smoking- did not use them in this perspective. In smokers enrolled in a continued vaping, the trajectories of use of e-cigarettes and tobacco seem influenced by their initial project of stopping smoking (motivation to change) but also by their experience during the use of e-cigarettes. This can lead in some cases to smoking cessation.


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