Thèse soutenue

Traduction et mise en recueil (Amérique Latine, 1883-1925) : portrait du poète en collectionneur périphérique

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Auteur / Autrice : Cécile Serrurier
Direction : Isabelle Poulin
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Littératures française, francophones et comparée
Date : Soutenance le 13/06/2019
Etablissement(s) : Bordeaux 3
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Montaigne-Humanités (Pessac, Gironde ; 2007-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Textes, littératures, écritures et modèles (Pessac, Gironde ; 2007-2021)
Jury : Président / Présidente : Éric Dayre
Examinateurs / Examinatrices : Isabelle Poulin, Tiphaine Samoyault, Patricia Willson, Michel Riaudel, Jérôme Roger
Rapporteurs / Rapporteuses : Tiphaine Samoyault, Patricia Willson
DOI : 10.70675/15eff00bz0376z40a1zbf1fz1ca9129d6a5e

Résumé

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En Amérique Latine, au XIXe siècle, la pratique de la traduction doit se comprendre dans un contexte post-colonial de construction de littératures nationales. Les sociologues de la traduction et la théorie des polysystèmes ont mis en évidence la façon dont la traduction participe à enrichir le répertoire littéraire d’une culture-cible en permettant l’accumulation de capital symbolique. Nos recherches se concentrent sur les pratiques et les trajectoires de quatorze poètes-traducteurs latino-américains, peu étudiés, ou en voie récente de réévaluation critique : Ignacio Mariscal, Rafael Pombo, Miguel Antonio Caro, Antonio Sellén, Antonio José Restrepo, Raimundo Correia, Rosendo Villalobos, Leopoldo Díaz, Ismael Enrique Arciniegas, Balbino Dávalos, Enrique González Martínez, Guillermo Valencia, Eduardo Díez de Medina et Álvaro Reis. Ceux-ci s’inscrivent dans le romantisme latino-américain, le modernismo hispano-américain et le parnasianismo brésilien. Tous traduisent tout au long de leur vie : des poètes classiques (Horace) mais aussi de plus en plus des poètes modernes, européens et américains (Hugo, Heredia, Longfellow…) ; des auteurs considérés comme majeurs (Baudelaire, Goethe, Poe) et d’autres aujourd’hui oubliés (Prudhomme, Richepin, Rollinat…). Ce dialogue poétique établi avec des figures internationales prestigieuses leur permet à la fois d’illustrer des langues en refondation depuis les indépendances, mais aussi d’expérimenter des mètres, des thèmes et des tonalités inédits. Nos auteurs publient leurs traductions dans des revues, ce qui est une pratique courante, mais surtout dans des recueils, ce qui est plus rare. Notre corpus met donc en valeur deux types de recueil, qui n’ont pas reçu de définition générique ferme : une forme mixte, composée de poésies originales et de poésies traduites, et une forme composée uniquement de traductions. Ces deux modèles ont des points communs avec les recueils poétiques originaux, les anthologies d’écrivain ou les anthologies de littérature étrangère, sans correspondre tout à fait à aucun d’entre eux. La singularité de nos recueils consiste en l’unité et l’identité du sujet qui sélectionne, traduit et réordonne les textes étrangers au sein de son livre. Nous envisageons donc le poète-traducteur latino-américain à partir de la figure du collectionneur, qui décontextualise des textes étrangers, les recontextualise dans une nouvelle série – le livre – , lui permettant de projeter et de construire son autorité poétique. Nos auteurs étant par ailleurs tous impliqués dans la vie politique de leur temps (ils sont députés, juges, voire président), nous démontrerons que le recueil de traducteur peut participer à la construction de projets politiques, et qu’il existe aussi bien un usage libéral de la poésie étrangère qu’un usage conservateur.