Thèse soutenue

Du refus scolaire au suivi psychiatrique. Trajectoires d’adolescents déscolarisés

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Auteur / Autrice : Laelia Benoit
Direction : Bruno FalissardJean-Paul Gaudillière
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Santé publique - sociologie
Date : Soutenance le 21/11/2018
Etablissement(s) : Université Paris-Saclay (ComUE)
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Santé Publique (Le Kremlin-Bicêtre, Val-de-Marne ; 2015-...)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (Villejuif, Val-de-Marne ; 2010-....)
établissement opérateur d'inscription : Université Paris-Sud (1970-2019)
Jury : Président / Présidente : Jean Bouyer
Examinateurs / Examinatrices : Bruno Falissard, Jean Bouyer, Xavier Briffault, David Cohen, Éliane Rothier Bautzer, François Taddei
Rapporteurs / Rapporteuses : Xavier Briffault, David Cohen

Résumé

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Ce travail décrit les trajectoires des adolescents qui sont amenés à être suivis en psychiatrie parce qu'ils refusent d'aller à l'école en France. Il se propose ainsi d’employer une démarche sociologique de théorie ancrée (Grounded Theory) afin de répondre à une question de santé publique. En 1991, on estimait que les enfants et adolescents refusant d'aller à l'école représentaient 5% des consultations de pédopsychiatrie en France. Depuis 25 ans, il demeure pourtant difficile de quantifier ce phénomène et son évolution, notamment parce que le refus scolaire ne correspond à aucune catégorie de maladie mentale. L'enjeu sociétal et économique est toutefois considérable. Les associations de parents alertent sur le coût élevé de la déscolarisation, la 'phobie scolaire' rencontre un écho médiatique constant, et les jeunes qui achèvent leurs études sans obtenir de diplôme ont un taux de chômage supérieur à la moyenne pour leur tranche d'âge. De plus, une littérature psychiatrique internationale considérable sur le refus scolaire s’adosse à de nombreuses institutions de soin dédiées à la rescolarisation (consultations et hôpitaux de jours) et de manifestations professionnelles à ce sujet. Dans un contexte de contraintes budgétaires du sanitaire et de crise du système éducatif français, la gestion par le champ médical du refus scolaire pose question. Premièrement, une analyse socio-historique de la littérature médicale internationale entre 1941 et 2018 décrit comment le problème du « refus scolaire » s’est développé dans le discours scientifique selon les deux courants distincts de la phobie scolaire (school phobia) et du refus scolaire (school refusal) ; et tend actuellement à s’élargir vers une problématisation médicale de toute absence scolaire. La deuxième et la troisième partie de ce travail explorent les processus décisionnels qui sous-tendent la médicalisation du refus scolaire à l’échelle individuelle. En effet, le diagnostic psychiatrique intervient relativement tard, à l’issue d’une carrière débutée au sein de l’institution scolaire et de la famille. Comment un jeune en vient-il à être désigné par la catégorie de 'phobie scolaire'? Cette approche interactionniste se fonde sur plus de 100 entretiens réalisés auprès de familles et de professionnels de l’école et analyse le travail produit par le jeune et par les acteurs qui l’entourent. On décrit comment les professionnels de l’école repèrent et qualifient ses difficultés de fonctionnement scolaire. Quatre styles de gestion du problème émergent au sein de l’école, selon le degré d’extériorisation du problème hors du champ scolaire, l’usage des pratiques de care et les modes relationnels avec les autres acteurs. Une analyse dite des « carrières » retrace la trajectoire d’adolescents déscolarisés, de l'école à l'hôpital, en partant du récit des jeunes et de leurs parents. Si les enquêtés présentent le refus scolaire comme une prise de décision brutale, celle-ci vient interrompre un processus de longue durée notamment caractérisé par un épuisement lié au travail de représentation de soi en société. Après la décision de refus scolaire, sont analysés le récit de la transformation de soi, le remaniement des relations aux autres (parents, camarades, enseignants, soignants), la déconstruction et la construction de certaines modalités de socialisation.