Thèse soutenue

Parcours mémoriels et commémorations en l’honneur de Gustave Flaubert (Rouen-Paris, 1821-2017)

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Auteur / Autrice : David Michon
Direction : Claude-Isabelle Brelot
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 06/07/2018
Etablissement(s) : Lyon
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences sociales (Lyon)
Partenaire(s) de recherche : établissement opérateur d'inscription : Université Lumière (Lyon ; 1969-....)
Laboratoire : Laboratoire d'études rurales (Lyon) - Laboratoire d’Études rurales LER-SEREC
Jury : Président / Présidente : Yannick Marec
Examinateurs / Examinatrices : Stéphanie Dord-Crouslé, Dominique Kalifa
Rapporteurs / Rapporteuses : Yvan Leclerc

Mots clés

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Résumé

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La modernité des écrits flaubertiens déroute ses contemporains mais permet de comprendre comment Flaubert souhaite se positionner dans les marges. Il refuse les étapes classiques de la vie bourgeoise que sont le mariage, la paternité et l’achat d’un bien immobilier. L’histoire de la construction de la notoriété flaubertienne est aussi une démarche pour comprendre les lieux de mémoire et les lieux de souvenirs. Ce rapport au territoire a été pensé au regard de la défense d’un patrimoine local. Nous nous sommes attachés à la complexité des parcours qui rassemblent plutôt qu’ils ne distinguent. Afin de saisir cette mémoire, l’étude des lieux devient incontournable car elle incarne toute la dimension conflictuelle de la figure flaubertienne. Dans la première partie, l’étude a pour objectif de situer Gustave Flaubert dans son temps littéraire en mettant en lumière le tournant majeur que représente Madame Bovary pour l’histoire de la littérature, mais aussi comme fondement de la postérité flaubertienne. Nous expliquons comment se mettent en place les mécanismes de la reconnaissance, dont Flaubert est le principal instigateur grâce à son œuvre. Nous avons présenté un homme complexe, non dans les épisodes de sa vie mais dans sa position d’artiste, tant dans ses idées que dans ses réalisations. D’une curiosité insatiable, que sa dernière œuvre inachevée -Bouvard et Pécuchet- symbolise, les commentaires et actes autour de sa mort en 1880 offrent un visage moins complexe et plus à même de permettre une postérité convenant au plus grand nombre. La deuxième partie tente de comprendre comment ce statut obtenu de son vivant perdure et se transforme après sa mort. Sans la détermination de quelques flaubertistes, ces lieux de souvenir ne pourraient être légitimés. Loin de chercher à enfermer la mémoire de l’écrivain, ces commémorations ont pour but de maintenir une présence flaubertienne matérielle et physique, à l’inverse de sa propre dimension de son vivant. Il représente la figure moderne d’un écrivain inclassable dépassant les querelles d’écoles. Des portraits de 1880 à la célébration de 1921, le chemin parcouru est long et soumis aux difficultés financières mais aussi humaines. La troisième partie approfondit l’affirmation d’une politique patrimoniale -au sens de discours choisi- fonctionnant autant par espaces construits que par cycles temporels. En effet, grâce aux premiers comités, des réalisations patrimoniales se concrétisent autour des premières statues et du Pavillon Flaubert puis avec sa chambre natale. L’ancrage dans des sites multiples prend une importance décisive pour les acteurs de la mise en patrimoine qui s’occupent de les « rendre visibles » pour le grand public. Les notables normands tendent vers l’affirmation d’une culture régionale. C'est le choix de ce qu'il faut célébrer qui définit une politique de commémoration. Ces espaces constituent des parcours touristiques dans une période d’ouverture vers un public nouveau en attente d’un discours constitué. La dernière partie montre comment la présence de manuscrits dans différents lieux touche largement l’organisation des célébrations flaubertiennes. Des groupes de recherche universitaire aux sociétés savantes, les études flaubertiennes présentent des points d’ancrage parfois opposés. Après le rôle important joué par Caroline Commanville, nièce du romancier, le souvenir de l’écrivain gagne une forme d’indépendance. Enfin, le tournant numérique n’est pas à négliger. Leur éclairage nouveau est permis par ces dispositions virtuelles qui facilitent le travail des chercheurs mais aussi l’intérêt de simples curieux. Nous avons pu comprendre que la construction sociale de la notoriété chez Flaubert était aussi un constat des échecs et des pistes oubliées. Des petites querelles rouennaises, après un temps de silence complet de sa ville natale, aux grandes reconnaissances de son génie au XXIe siècle, Gustave Flaubert reste inclassable.