Thèse soutenue

Des vies en veille : géographies abandonnées des acteurs quotidiens de la sécurité à Nairobi

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Jean-Baptiste Lanne
Direction : Bernard CalasMyriam Houssay-Holzschuch
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Géographie humaine
Date : Soutenance le 28/11/2018
Etablissement(s) : Bordeaux 3
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Montaigne-Humanités (Pessac, Gironde ; 2007-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Les Afriques dans le monde (Pessac, Gironde ; 2011-....)
Jury : Président / Présidente : Anne-Laure Amilhat-Szary
Examinateurs / Examinatrices : Bernard Calas, Myriam Houssay-Holzschuch, Philippe Gervais-Lambony, Laurent Fourchard, Marie-Émmanuelle Pommerolle
Rapporteurs / Rapporteuses : Philippe Gervais-Lambony, Laurent Fourchard

Résumé

FR  |  
EN

Cette thèse porte sur la place dans la ville des acteurs quotidiens de la sécurité à Nairobi, au Kenya. Ces acteurs, appelés génériquement « les veilleurs » afin de signifier du même coup leur tâche professionnelle (surveiller la ville) et leur condition incertaine (« être en veille », vivre dans une forme de suspens), sont entrevus au prisme de deux groupes particuliers : les gardiens de sécurité privée aux portes des résidences de la ville planifiée et les jeunes recrues des youthgroups dans les quartiers de bidonvilles. Privilégiant une approche par les individus et le quotidien, je m’inscris dans le champ renouvelé de la sécurité, sensible depuis une dizaine d’années aux effets « micro » produits par les dispositifs sécuritaires, notamment sur les subjectivités particulières, les affects, les corps et les pratiques routinières. La capitale kenyane présente un double caractère me permettant de mettre en lumière l’acuité de la condition des veilleurs dans la ville : une fragmentation urbaine iconique, voire « cliché » en termes d’imaginaire et une atmosphère générale d’inquiétude, relative au contexte traumatique des violences politiques récentes et à l’émergence de la menace terroriste. Cette recherche s’appuie sur une méthode qualitative de type ethnographique, combinée à l’expérimentation d’une méthodologie de création poétique, afin de lever l’inhibition de la parole. Elle appréhende la condition des veilleurs à trois niveaux de lecture : la condition politique d’individus maintenus dans un registre d’ambiguïté vis-à-vis des communautés qu’ils protègent, la vie quotidienne dérivant de cette condition, enfin le sens que ces individus s’efforcent d’en extraire. Ces trois niveaux me permettent de développer une approche spatiale des concepts d’abandon, désignant cette puissance sécuritaire ambiguë qui assigne les veilleurs dans un « ni dedans, ni dehors » (sur la ligne de démarcation entre le Familier et l’Étranger) ; de vies en attente, pour souligner le poids de l’incertitude au sein de leur quotidien ; enfin de place complexe afin de signifier la puissance des imaginaires spatiaux et temporels par lesquels les veilleurs s’approprient leur condition.