"Ceci est mon corps" : l'intime et l'extime dans l'autoportrait photographique contemporain (États-Unis, Grande-Bretagne, 1970-2010)

par Juliette Melia

Thèse de doctorat en Langue et cultures des sociétés anglophones

Sous la direction de Géraldine Chouard.

Le président du jury était Claire Joubert.

Le jury était composé de Géraldine Chouard, Claire Joubert, Michel Poivert, Catherine Bernard.

Les rapporteurs étaient Claire Joubert, Michel Poivert.


  • Résumé

    Le corpus d’autoportraits photographiques allant des années 1970 aux années 2010 permet de constater trois invariants dans la façon dont les artistes se présentent : la mascarade, la nudité, et la textualité. Chacune de ces thématiques interagit avec les questions plus larges d’intime, d’extime et de politique, car mettre en jeu l’image intime de soi dans son art a souvent pour but d’accentuer ses prises de positions sur le monde. Une partie des artistes obscurcissent leur identité et se représentent dans une mascarade totale ou partielle qui interroge la valeur du masque. Le choix du masque, ainsi que l’espace sensible pour le spectateur entre le visage et le masque, révèlent paradoxalement certains aspects de l’identité, comme Cindy Sherman dont l’apparence reste floue malgré des centaines d’autoportraits mais dont les politiques de réécriture subversive des stéréotypes de représentation sont bien connues. Si la mascarade dans l’autoportrait semble mettre à distance la possibilité même de l’intime, l’autoportrait nu donne l’impression d’une révélation absolue de l’intime, qui devient extime du fait de son partage avec le public et des échanges que ce partage permet. Là encore, l’artiste qui dénude son corps est bien dans l’action politique lorsqu’il met à mal des normes et des tabous sociaux, comme l’interdiction de mettre en images et en mots son désir et sa sexualité. Une profondeur nouvelle dans l’extimisation de l’intime est atteinte lorsque le photographe associe des textes à son autoportrait. Pourtant, les artistes évitent la tautologie, écrivant au contraire en regard de leurs autoportraits des textes qui se les révèlent en se permettant toutes les libertés textuelles, allant de l’autobiographie parfois fictionnelle au poème, du journal intime au manifeste politique. Il s’agit de s’interroger sur le paradoxe de l’art intime : pourquoi se risquer à l’aporie de l’art intime qui se détruit en s’accomplissant lorsque l’artiste se représente justement par ce qui lui est le plus douloureux et le plus secret à partager ? Surmonter la douleur de l’art intime est au cœur de la politique d’une telle démarche.

  • Titre traduit

    "This is my body" : intimacy and extimacy in contemporary photographic self-portrait (United States and Great Britain, 1970-2010)


  • Résumé

    The corpus of photographic self-portraits from the 1970s to the 2010s highlights three invariants in the ways artists present themselves : they use masquerade, nudity or add texts to their self-portraits. Each of these themes interacts with the larger issues of intimacy, extimacy, and politics, as using one’s intimate image in one’s art often emphasizes one’s views on the world. Some artists obfuscate their identity and present themselves in a total or partial masquerade that questions the value of the mask. Its choice, as well as the perceptible space between mask and face, paradoxically reveal aspects of the artist’s identity, as does Cindy Sherman whose appearance is eventually blurred by the hundreds of self-portraits, but whose politics of rewriting society’s representational stereotypes is well-known. If the masquerading self-portrait seems to diffuse the very possibility of intimacy, the nude self-portrait give the impression of a total revelation of intimacy, so much so that it become extimacy when it is shared with the public and allows a conversation to take place. Here too, artists who reveal their own bodies are political, because they refuse social norms and taboos such as the interdiction to picture one’s own desire and sexuality. A new depth in the extimisation of intimacy happens when the photographer associates texts to his self-portraits. However, artists are seldom tautological: on the contrary they reveal themselves through texts that make use of every freedom, from autobiography to fiction and poem, from diary to political manifesto. The point is to question the paradox of intimate art: why risk the aporia of intimate art, which destroys itself to happen when the artist shares his pain and his secret? Overcoming the pain of intimate art is at the heart of the politics of such a process.

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