Thèse soutenue

Entre honte et culpabilité, méandres de la maternalité chez la femme enceinte suite à une interruption médicale de grossesse

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Jessica Shulz
Direction : Sylvain Missonnier
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Psychologie
Date : Soutenance le 06/10/2016
Etablissement(s) : Sorbonne Paris Cité
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Cognition, comportements, conduites humaines (Paris ; 1996-....)
Partenaire(s) de recherche : établissement de préparation : Université Paris Descartes (1970-2019)
Laboratoire : Laboratoire de Psychologie Clinique- Psychopathologie- Psychanalyse / PCPP - EA 4056
Jury : Président / Présidente : Bernard Golse
Examinateurs / Examinatrices : Sylvain Missonnier, Bernard Golse, Albert Ciccone, Sylvie Nezelof, Catherine Chabert, Silvia Zornig, Marie-José Soubieux, Bérengère Beauquier-Maccotta
Rapporteurs / Rapporteuses : Albert Ciccone, Sylvie Nezelof

Résumé

FR  |  
EN

La recherche explore les traces et remaniements du deuil prénatal au cours d'une grossesse suivant une Interruption Médicale de Grossesse (IMG) pour raison fœtale. Le statut du fœtus/bébé y est triplement complexe: entre humain et non humain sur le plan légal ; objet perceptible mais non directement visible dans la réalité matérielle ; à la fois prolongement narcissique et objet interne - partiel et potentiellement total dans la réalité psychique. Cet extrême paradoxe constitue un défi majeur du travail psychique du deuil prénatal. Selon le contexte culturel et les choix singuliers, maternels et paternels, face à ces possibles, les pratiques autours de sa mort seront différentes et aboutiront à des processus de deuil contrastés. Dans le cas particulier d'une IMG, l'expérience clinique nous invite à envisager deux aspects fondamentaux. D'un côté, la décision prise par la mère avec le choix qui s'impose à elle d'interrompre ou non la grossesse - et par là la vie du fœtus/bébé - interroge d'emblée ses éventuelles traces actualisées de culpabilité. De l'autre, être enceinte d'un fœtus porteur d'une pathologie grave représente pour la femme une blessure narcissique renvoyant au concept de honte. Dans leur articulation avec les processus narcissiques et objectaux, la honte et la culpabilité sont des prismes pertinents pour étudier les spécificités d'une grossesse suivant une IMG au cours de laquelle les liens entre objets internes, objets externes, sujet et groupe sont mis en exergue. Dans ce contexte, trois questions constituent la problématique de cette étude: le mode d'investissement du fœtus/bébé décédé est-il réactualisé par l'investissement du fœtus/bébé de la grossesse actuelle ? La grossesse active-t-elle de manière particulières des traces de honte et de culpabilité que nous nommons pour les singulariser vivances ? De quelle façon ces vivances s'articulent-elles avec les mouvements psychiques de la femme dans les processus de deuil ? Méthodologie: Cette recherche qualitative se réfère à une méthodologie hypothético-déductive et s'inscrit dans un référentiel psychanalytique. La population est constituée de 11 femmes (primipares et multipares) enceintes après avoir vécu une IMG pour raison fœtale après 15 Semaines d'Aménorrhée (SA). Des entretiens semi-structurés ont été menés auprès de ces femmes aux trois trimestres de la grossesse. Elles ont également rempli des auto-questionnaires à chaque temps de la recherche (PAI, PGS, EPDS, STAI, DAS, PCLS). L'analyse des entretiens, audio-enregistrés, croise une observation approfondie de chaque cas avec une analyse de contenu thématique, prenant en compte le vécu subjectif de chaque femme, afin de répondre aux hypothèses de recherche. Résultats : Les résultats mettent en avant une réactualisation du processus de deuil au cours de la grossesse suivante. Ils vont dans le sens de la confirmation de la portée heuristique et clinique de l'étude de la honte et de la culpabilité lors d'une grossesse suivant une IMG. La honte se manifeste chez ces femmes par des vécus de dévoilement et d'exclusion, un sentiment de perte de contrôle, voire d'emprise, et un vécu d'échec et d'indignité. L'élaboration des vivances de honte est un bon marqueur de la possible résolution des dimensions narcissiques et développementales du processus de deuil. La culpabilité est très présente, en lien avec la pathologie fœtale, la décision d'interrompre la grossesse et vis-à-vis du bébé de la grossesse actuelle. Dans ce contexte, la honte et la culpabilité sont à comprendre comme les deux pôles d'un gradient continu. Sur le terrain périnatal, l'articulation sémiologique et psychopathologique de la dialectisation entre honte et culpabilité lors d'une grossesse suivant une IMG, permet de donner des repères cliniquement organisateurs dans le cadre d'une prévention transdisciplinaire médico-psycho-sociale des troubles de la parentalité et des dysharmonies relationnelles précoces.