Thèse soutenue

La biodiversité par projet : réflexivité engagée et dispositif stratégique en Albanie

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Auteur / Autrice : Claire Bernard
Direction : Florence PalpacuerMaya Leroy
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences de gestion
Date : Soutenance le 14/12/2016
Etablissement(s) : Montpellier
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Economie Gestion de Montpellier (2015-.... ; Montpellier)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Montpellier Research in Management
Jury : Examinateurs / Examinatrices : Florence Palpacuer, Maya Leroy, Franck Aggeri, Marc Barbier, François Lerin, Laurence Tubiana
Rapporteurs / Rapporteuses : Franck Aggeri, Marc Barbier

Résumé

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Le projet constitue une modalité centrale d’administration de l’Aide publique au développement (APD). Moyen d’injecter des fonds selon des objectifs préétablis dans des secteurs donnés de l’économie, les projets ont suscité une littérature abondante dédiée à la rationalisation de ce format gestionnaire afin d’en assurer une plus grande maitrise. C’est également par projet que le secteur de l’APD intègre les enjeux de biodiversité dans ses activités de développement. Or la généalogie de cette question environnementale globale nous montre qu’elle déborde les pratiques standards de la conduite de projet, qu’elle se construit autant au niveau global qu’au niveau local, et que les méthodes d’élaboration ex ante et d’évaluation ex post brident la compréhension de ce qui se construit in itinere, dans le temps du projet et de son déroulé. En décalant la focale classique d’analyse de la gestion de projet nous faisons l’hypothèse qu’une posture de « recherche embarquée » nous permet d’expérimenter et de restituer au plus près l’activité stratégique de construction des cadres émergents de l’action environnementale. Nous outillons analytiquement cette posture à partir des travaux foucaldiens en sciences de gestion sur la conception de l’action collective et en aménageant le cadre d’Analyse stratégique de la gestion environnementale (ASGE). Nous faisons du couple régime-dispositif l’analyseur central de cette activité qui articule une intention générale - le régime de biodiversité - et sa conception dans un projet entendu comme un dispositif (i.e. un ensemble hétérogène d’acteurs, d’institutions, d’outils et de savoirs). Le « pôle réflexif » devient alors le lieu d’émergence de la stratégie environnementale du dispositif à partir de l’exercice d’une « réflexivité engagée ». Le projet qui sert de base empirique à cette réflexion, financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) été conçu dans une démarche originale entre une Agence de développement rural albanaise (MADA) et une organisation intergouvernementale méditerranéenne (CIHEAM-IAMM) ayant accepté « d’embarquer » une fonction recherche dans un processus concret de création de signes de qualité et d’origine (SIQO) pour des productions locales issues des systèmes pastoraux et agricoles et des activités de collecte de produits non-ligneux. L’hypothèse avancée par le projet « BiodivBalkans » (2012-2016) étant que ce processus peut favoriser une gestion environnementale durable des territoires agro-silvo-pastoraux albanais. La restitution de cette enquête prend la forme d’une narration-description située du projet comme dispositif à laquelle est rapportée une analyse de l’activité de mise en dispositif du régime de biodiversité endossée par le pôle réflexif, dans ses dimensions cognitive, organisationnelle et stratégique. Au-delà de l’irréductibilité de cette expérience de recherche, la portée démonstrative de ce travail s’articule en deux temps. D’un point de vue pratique, l’activité de pôle réflexif nous semble constituer une modalité additionnelle de conception et de mise en œuvre des projets de l’APD à visée environnementale. Nous dégageons des invariants de l’activité de mise en dispositif du régime de biodiversité en définissant trois catégories d’exercice d’une réflexivité engagée. Ces types d’opérations stratégiques de nature et d’échelles conceptuelles différentes permettent de concevoir les cadres de l’action environnementale au cœur des dispositifs d’action collective en univers complexe, ambigu et conflictuel. Du point de vue analytique, la théorisation de l’activité de pôle réflexif nous permet de redéfinir le statut de l’acteur environnemental tel qu’il est proposé par l’Analyse stratégique de la Gestion Environnementale (ASGE) en y intégrant une dimension cognitive, procédurale et située du changement en faveur de l’environnement dans les collectifs, rendue par les notions de « courtage de connaissances » et « d’organisation frontière ».