Thèse soutenue

Être paysage, un exercice pluriel : Sans le corps, pas d'accès communautaire au paysage

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Auteur / Autrice : Françoise Crémel
Direction : Gilles Clément
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences du paysage
Date : Soutenance le 27/08/2016
Etablissement(s) : Paris, AgroParisTech
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Agriculture, alimentation, biologie, environnement, santé (Paris ; 2015-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire de Recherche de l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage (LAREP ; Versailles Marseille) - AgroParisTech (France ; 2007-....)
Jury : Président / Présidente : Catherine Grout
Examinateurs / Examinatrices : Marlène Buchy, Thierry Paquot
Rapporteurs / Rapporteuses : Marlène Buchy, Thierry Paquot

Mots clés

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Résumé

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La recherche en paysage habite le dehors mentalement. Le paysage, celui qui nous émeut ou nous dégoûte, sensoriel, est envisagé ici comme une fiction concrète du corps en voyage. Éprouvée, par les voies multiples qui escortent le paysage à chaque traversée, j’interroge la validité de cet objet d’étude. Et si le paysage échappait aussitôt à chaque essai de capture ? Et comment ses multiples formes se resserrent-elles autour de soi pour nicher une complétude de l’être ? C’est ici que peut se formuler une conception du paysage comme celle d’un tissu, non plus seulement déployé sur le fond géographique mais emprisonnant dans sa fibre les corps et âme de chaque être. Le dehors, comme habitat de chaque créature, n’est plus purement un environnement, il devient un paysage. Proposer des exercices d’accès au dehors, pour pouvoir adresser le paysage de manière collective, est l’objectif de ce travail de thèse. C’est dans le contexte où habiter n’est plus proclamé par un paysage d’accueil que mon travail cherche à remettre le corps en exercice, puis en capacité d’évaluer un paysage. Un paysage se dé- clare à la fois par des représentations et des façons. Les unes traitent des expressions, les autres des matières. Entre la locution et la substance, qu’est-ce qui fait motif ? Le corps est-il susceptible de s’avancer vers le paysage et celui-ci a-t-il des ressources pour le recevoir ? Dans une première partie, plutôt que le texte déployé et discuté par des voix dissidentes, je mets en jeu des mots clefs proposés par l’enseignement pour l’élaboration d’un discours. A l’angle de la recherche et de la pratique, je construis ma thèse depuis ma place de paysagiste praticienne et enseignante du projet de paysage à L’ENSP de Versailles. Je m’appuie sur une critique de « Mouvance, 50 mots pour le paysage » proposée en 1999 par six chercheurs en paysage qui ont construit une première proposition théorique. Après un exposé, ils sont mis en débat avec un lexique construit lors des quatre années de la préparation de cette thèse. J’éprouve enfin, avec mes étudiants, la vitalité de ces mots dans des lieux de paysage ou des situations de pratiques professionnelles afin de construire sur une base vivifiée, le corpus même de ce qui peut s’exprimer en paysage. Ces termes sont la base abstraite de travaux pédagogiques conduits sur le terrain présenté dans une seconde partie. Le Parc des Lilas, à Vitry-sur-Seine est le cadre d’étude des exercices donnés dans des ateliers de projets de paysage sur lesquels travaillent mes étudiants. Ce parc, amorcé en 1980, est en cours d’agencement. Sans effet de signature, il ne trouve pas son nom, est qualifié d’inattendu, d’alias, de tempo. Des qualités lui confèrent sa substance : il devient un produit allochtone en son propre lieu. Sa chronique permet de mettre au jour une façon mobile d’accréditer le paysage d’un lieu. Le parc des Lilas sert d’appui à l’épreuve de définition des termes du lexique et se mesure à la pensée du Parc, en tant qu’objet de paysage produit. La proposition, développée en troisième partie, place le corps dans un acte de perception pour expertiser le paysage. Le protocole de recherche, immédiat, se définit à partir des produits successifs du geste, du discours oral, puis de la production écrite. La production est celle de la recherche en marche, arrêtée, glosée ; elle même projetant plus loin l’énoncé. Je présente ici une notice pour l’usage du commentaire composé de paysage (CCP), un avatar vers le projet en pédagogie appliquée. Proposition d’innovation pédagogique où protocoles et préalables participent à la remise de l’énoncé. Niveaux de langue et niveaux d’abstraction ne sont plus des obstacles à un entendement du paysage. Le CCP tient le cadre d’un don du paysage à une population entière. Réel et imaginaire revigorés sont redistribués par le jeu de leur apparition. Corps et paysage s’alimentent en une « physiologie du paysage » qui s’enseigne par fréquentation.