Thèse soutenue

Entre France et Allemagne, de la ville ancienne à la Neustadt de Strasbourg : la construction du regard patrimonial

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Auteur / Autrice : Sophie Eberhardt
Direction : Alexandre KostkaBernard Gauthiez
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Géographie
Date : Soutenance le 16/01/2015
Etablissement(s) : Lyon 3
Ecole(s) doctorale(s) : Sciences sociales
Jury : Président / Présidente : Christian Montès
Examinateurs / Examinatrices : Dominique Cassaz
Rapporteurs / Rapporteuses : Guy Di Méo, Wolgang Voigt

Résumé

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L’héritage de Strasbourg s’est construit dans le contexte particulier d’une ville frontalière, dans laquelle différentes influences, principalement française et germanique, ont contribué à forger un caractère singulier. Pourtant, les valeurs conférées à cet ensemble ne sont pas déterminées uniquement par le champ restrictif des considérations nationales. Depuis le Second Empire jusqu’à aujourd’hui, elles ont sans cesse évolué, en particulier depuis les décennies suivant la Seconde Guerre mondiale. Notre étude vise à faire état de la construction et de l’évolution des valeurs de l’héritage et du patrimoine de Strasbourg, et en particulier du quartier de la Neustadt, conçu et mis en œuvre pendant la période de l’annexion allemande (1871-1918) lorsque la ville devient la capitale du Reichsland d’Alsace-Lorraine. La période de l’étude s’ouvre à partir des années 1840, au moment du premier inventaire des monuments historiques et d’un grand effort de modernisation et d’embellissement par la Municipalité, et va jusqu’à aujourd’hui, à l’heure où la Neustadt suscite un intérêt croissant tant de la part des institutions locales et régionales, du milieu scientifique, que de la population.Dans ce but, ont été mobilisées les sources permettant d’éclairer ces phénomènes : procès-verbaux du conseil municipal, archives de la commission municipale des Beaux-arts, archives du service régional des Monuments historiques, manuels et revues spécialisés en urbanisme et architecture, les histoires de Strasbourg, les guides et récits de voyage ainsi que la presse quotidienne.Dans cette thèse, l’héritage est considéré comme « l’ensemble des aménagements anthropiques légués, subsistant en tout ou partie », et le patrimoine correspond à « la partie qu’on considère digne de conservation, de restauration et de mise en valeur » (Gauthiez, 2006, p. 126).Les recherches mettent en évidence que les valeurs de l’héritage et du patrimoine bâtis de Strasbourg se fondent pour une part sur les discours portés sur ces objets, mais aussi sur des silences. Ces discours et silences sont nourris de fortes considérations idéologiques liées aux doctrines et pratiques du patrimoine en France et en Allemagne, et d’ordre nationaliste. D’abord héritage méconnu, « étranger », puis patrimoine « hyper-valorisé » illustrant des influences croisées entre France et Allemagne, le patrimoine de la Neustadt se fonde également sur des conflits et le dépassement d’idéologies tout au long du XXe siècle, jusqu’à conduire à une candidature à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco.Une autre part des valeurs de l’héritage et du patrimoine s’inscrit dans un substrat régional et local fort et la continuité des acteurs. Un décalage apparaît nettement dans certains cas entre les pratiques patrimoniales et les discours liés à ces pratiques. Les projets peuvent ainsi se poursuivre au-delà des changements d’appartenance nationale sans nécessairement que la continuité soit revendiquée. Le fort substrat régional et local a également participé de la construction d’une dimension mythologique de l’héritage et du patrimoine qui a favorisé cette cohérence (Barthes, 1957).Force est de constater également que les valeurs de l’héritage et du patrimoine dépendent en grande partie de leur état de connaissance dans les sphères institutionnelle et administrative, scientifique et de la population. Le fait que l’héritage des trois premiers quarts du XIXe siècle de Strasbourg fasse aujourd’hui l’objet d’une sous-valorisation est le résultat du manque d’intérêt porté également au sein de la sphère scientifique.L’approche choisie permet de dépasser les pratiques actuelles dans l’étude de l’architecture et de l’urbanisme en prenant mieux en compte les discours sur l’héritage bâti et en incluant des aspects anthropologiques, symboliques, politiques, sociologiques et culturels, pour exposer la construction du regard patrimonial.