Thèse soutenue

La représentation des Noir-e-s dans l'œuvre littéraire de Jorge Artel : l'exemple de Tambores en la noche (1940)

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Auteur / Autrice : André-Christian Ebane Elang
Direction : Victorien Lavou
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Etudes ibériques et latino-américaines
Date : Soutenance en 2014
Etablissement(s) : Perpignan
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale INTER-MED (Perpignan ; 2011-....)

Résumé

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Le poète afro-colombien Jorge Artel a mis au coeur de son écriture la quête de reconnaissance et d'estime de soi pour tout un peuple. Il s'inscrit dans une lignée de poètes et romanciers de l’Amérique-Latine/Caraïbes qui travaillent à rendre visible la « présence-histoire » des Noir-e-s dans cette partie du monde (fin du XIXème siècle et les années 1990). Depuis l’oeuvre de Candelario Obeso jusqu'à l'adoption de la loi 70 en 1993, la représentation des Noir-e-s a gagné en légitimité publique, même si, par ailleurs, il est vrai que le combat pour la reconnaissance de la co-appartenance des Noir-e-s à la Colombie imaginée n'est pas clos. Jorge Artel y tient une place particulière. Il montre en effet dans sa poétique que « noir », adjectif ou substantif, est un construit lié à la colonisation et à l'esclavage. Le réduire à une simple affaire chromatique ne tient absolument pas. Artel est un “métis” qui se vit comme Noir quand il est généralement de bon ton pour les sujets métis de s’identifier à Blanc et/ou de se démarquer de Noir. Il se met au service du combat pour la reconnaissance, y compris par les Noir-e-s, de l’importance de leurs cultures. Il montre que nous pouvons tous être fiers de nos ancêtres d’eussent-ils avoir subi l’esclavage, et de leurs manières d'être authentiques, ainsi que de leurs pratiques culturelles. Cette fierté permet à chacun de prendre toute sa place dans la société et de se dessiner un avenir débarrassé de fausses hontes et de culpabilités équivoques. Ce combat s'inscrit dans le cadre des grands courants de pensée du Négrisme et de la Négritude. Artel construit son oeuvre avec les outils d’avocat et de poète, en investissant une double culture dont il chérit l'héritage: la poésie classique espagnole et les canons de la poésie chantée, orale, africaine. Une lecture superficielle laisserait croire qu'il n'use que de vers libres. La réalité est toute autre dans la mesure où le poète fait montre d’une connaissance affinée des codes de cette double culture. D’où cet un usage précis du vers où le rythme est important, tout comme les jeux de sonorité qui font surgir des émotions et des idées essentielles. Le vers artélien si spécifique, son positionnement en faveur d’une meilleure représentativité et reconnaissance de l’identité des Noir-e-s de son pays mais aussi au-delà, est un moyen de rendre à chaque homme sa grandeur.