Thèse soutenue

Choix et composition musicale : dans l'espace des raisons

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Auteur / Autrice : Mario Lorenzo
Direction : Horacio Vaggione
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Musique
Date : Soutenance en 2014
Etablissement(s) : Paris 8
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Esthétique, sciences et technologie des arts (Saint-Denis, Seine-Saint-Denis)

Résumé

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Notre réflexion se situe autour du choix en cours d'écriture dans la pratique de la composition musicale. À l’ère de l’interaction, où tous les acteurs de la composition musicale s’accordent, avec des nuances, sur le caractère indispensable de l’écriture dite « manuelle », le prix à payer pour un tel consentement est, à quelques exceptions près, le plus élevé : considérer le choix spontané comme la partie irrationnelle de la pratique. En effet, un bon nombre de réflexions s’obstinent à chercher, directement ou indirectement, le fondement de nos déterminations dans les théories qui, non sans un certain charme, se donnent rendez-vous au final, dans les « zones les plus obscures de l’intelligence » où le langage, s’il n’est pas privé (avec tous les non-sens que cela implique) est tout simplement de trop. À l’égard de ces recherches, il semblerait que l'on n’ait pas encore résolu ce que certains sont prêts à appeler « le problème de la créativité » ou encore « le problème de la spontanéité ». Nous pensons qu'il est tout a fait possible de donner au choix libre un « rôle structurant de premier ordre » selon une expression de Vaggione, sans le besoin d'adopter des arguments qui mettent sérieusement en cause le sens-commun. Le manque de fondement de nos choix n’est pas la trace d’une ignorance que la science, ou une certaine science, pourrait un jour nous aider à surmonter, mais la manifestation d’une confusion de grammaire qu’il convient de clarifier. Autrement dit, la difficulté n’est pas d'ordre causale mais conceptuelle. Compte tenu de la profusion de réflexions musicales actuelles faisant référence à l’espace, je propose de placer nos choix, avant toute chose, dans l’« espace des raisons », (expression prise à Wilfrid Sellars), espace qui n’excède pas la sphère de concepts. À partir de textes de Wittgenstein et plus largement, de la philosophie du langage et de la connaissance, notre objectif n’est pas d’attaquer héroïquement le problème à la racine en voulant construire une théorie de la création ou quelque chose de ce genre, mais de participer à la dissolution, (par un long travail systématique de « petits pas »), d'un certain nombre de erreurs philosophiques qui se sont installées dans les réflexions sur la composition musicale. Cette démarche achevée, nous n'arriverons pas à une théorie de l’acte d'écriture, mais devant notre grammaire, nos manières de faire. Comme le résume Jacques Bouveresse, la meilleure manière de rencontrer le nouveau est de laisser les choses dans l'état. Cela veut dire, pour nous, se retrouver devant la partition que nous sommes en train de composer sans la prétention de vouloir dire plus que nos langages nous le permettent.