Thèse soutenue

Le rêve, la magie et la métaphore : pour une sociologie de l'homme éveillé

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Auteur / Autrice : Michaël V. Dandrieux
Direction : Michel Maffesoli
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance le 25/06/2014
Etablissement(s) : Paris 5
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences humaines et sociales : cultures, individus, sociétés (Paris ; 1994-2019)
Jury : Président / Présidente : Jean-Martin Rabot
Examinateurs / Examinatrices : Michel Maffesoli, Jean-Martin Rabot, Patrick Tacussel, Federico Casalegno, Bertrand Eveno
Rapporteurs / Rapporteuses : Jean-Martin Rabot, Patrick Tacussel

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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En 1967, dans la revue Diogène, Roger Caillois écrivit un article sur le prestige et les problèmes du rêve. Il écrivit que, par le passé, dans un monde qui lui accordait un crédit démesuré, il y avait une correspondance entre le rêve et le sentiment quotidien que tout, même les choses les plus intimes, peut être éprouvé en commun. Mais l’intuition que plusieurs rêves se vérifient ou se contrôlent mutuellement était une manière de civiliser le rêve. Inversement, aujourd’hui, dans un monde où il n’est plus une source de pouvoir politique, où il ne constitue plus un témoignage authentique, considéré comme un phénomène étanche, rétif à tout partage, dont le rêveur seul peut se souvenir, le rêve porte cette nostalgie communautaire. La même année, Roger Bastide réfléchit à ce que serait une sociologie du rêve, une étude du rêve comme phénomène social. Il pensait que la sociologie ne s’intéressait qu’à l’homme éveillé, comme si l’homme endormi était un homme mort. Il se demandait si la sociologie pouvait ignorer cet homme couché et rêvant. Cette thèse se propose de penser le quotidien à partir de l’intuition de Roger Caillois, qui cherche moins à penser l’homme couché et rêvant que l’homme debout, dans son quotidien, son travail, sa famille, son rapport aux objets de tous les jours, empreinte à ce tiers de sa vie où il dort. Il ne s’agit cependant pas de faire l’interprétation de rêves, ou d’en tirer les contenus latents. Leur contenu n’est pas le terrain de cette thèse. Chaque fois, la visée est de savoir comment le rêve est-il vécu en tant que mythe, c’est-à-dire dans quelle mesure l’attention que le rêveur a prêtée à la structure étrange du rêve, ou à son contenu, a influencé sa relation à la communauté ; comment le phénomène du rêve est-il utilisé comme clef de lecture pour donner du sens à la quotidienneté de l’homme au sein de la société. En un mot : comment le rêve se déverse et contamine le réel. La magie et la métaphore seraient deux expressions de la manière dont le rêve se répand dans la vie quotidienne. La magie, comme lecture sociale des phénomènes dans lesquels la cause est sans relation apparente à la conséquence, cependant que les phénomènes étudiés ont une efficace propre : cette relation sans cause et qui pourtant rassemble deux termes distincts du paysage est l’un des fondements essentiels de la pensée symbolique. La métaphore, enfin, qui est l’expression littéraire et linguistique où deux symboles que rien de connecte cohabitent néanmoins harmonieusement, une stratégie de discours par laquelle le langage se dépouille de sa fonction de description directe pour accéder au niveau mythique. Cela est une proposition : alimenter une sociologie de l’homme éveillé, comme voulait l’appeler Bastide, qui ne rechigne pas à voir que « les états crépusculaires » et « la moitié obscure et sombre de l’homme prolongent le social », une sociologie qui ne peine pas à accepter que nombre des moteurs qui président aux comportement des sociétés humaines trouvent leur source dans les mêmes logiques saltatoires, ou acausales, en toutes les manières dénuées du lignage et des filiations déterministes, que l’on retrouve dans le rêve, dans la magie et dans la métaphore. Une sociologie qui s’autorise à penser que le lien social visible, quotidien, structurant des civilisations, puisse être atteint par une transformation profonde de la manière dont nous envisageons le lien en général. Une sociologie qui se propose de questionner l’inconséquence de l’invisible.