Une musique du monde faite en Allemagne ? : les compétitions Creole et l'idéal d'une société plurielle dans l'Allemagne d'aujourd'hui
| Auteur / Autrice : | Talia Bachir-Loopuyt |
| Direction : | Michael Werner, Wolfgang Kaschuba |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Musique, histoire, société |
| Date : | Soutenance en 2013 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS en cotutelle avec Humboldt-Universität (Berlin) |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
Résumé
Ce travail vise à rendre compte des relations entre création musicale, politiques de la diversité et mondialisation dans l’Allemagne d’aujourd’hui en partant d’un cas : creole, un cycle de compétitions organisé selon un principe fédéral, qui donne lieu à des festivals dans différentes villes et débouche tous les deux ans sur un prix récompensant trois ensembles de « musiques du monde d’Allemagne ». Selon les textes des programmes, cette manifestation est censée illustrer la créolisation du monde et les connexions émergeant entre différentes cultures et genres musicaux présents en Allemagne. Lorsque l’on se penche sur le processus d’émergence de ce projet et les dynamiques de mobilisation des participants, il s’avère cependant que le spectre des attentes est plus complexe et que ces événements, plutôt qu’illustrer une réalité univoque, fabriquent en des versions plurielles tout un monde de musiques d’Allemagne. L'enjeu de ce travail est d'expliquer les tensions entre les valeurs qui ont cours dans l'intimité de ce champ et la perception publique du genre, entaché de soupçon. C'est que ce monde de musique est traversé par des questionnements qui marquent plus largement la société allemande d’aujourd’hui : en tant que « pays d’immigration » partagé entre l’idéalisation du métissage et le souci de diversité, en tant que « pays de musique » connu pour la richesse de son patrimoine savant et en même temps désireux de promouvoir des exemples de musiques actuelles, en tant que système politique pris entre les structures locales et les cadres mondialisés définissant la culture publique. Autant l’arrière-plan considéré dans ce travail est large, autant l’attention portée aux situations d’interaction se veut précise : pour rendre compte des cadres organisant les épreuves, des critères pluriels pris en compte par les jurys dans leurs délibérations et des débats qui surgissent parmi les spectateurs sur « l’esprit » de cette manifestation.