Thèse soutenue

En quête d'une modernité chrétienne : la création de l'Église catholique-chrétienne de Genève (1870-1907) dans son contexte politique et culturel

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Auteur / Autrice : Sarah Scholl
Direction : Philippe BoutryMichel Grandjean
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire et civilisations
Date : Soutenance en 2012
Etablissement(s) : Paris, EHESS en cotutelle avec Université de Genève

Résumé

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Cette thèse décrit la mise en place d’une nouvelle Eglise à Genève à la fin du 19e siècle dans le cadre du Kulturkampf en utilisant des sources ecclésiales, politiques et associatives jusque-là inexploitées. Rattachée au mouvement vieux catholique hollandais, allemand et suisse, l’Eglise catholique-chrétienne de Genève est issue du courant rompant avec le catholicisme romain après le concile Vatican I. Sa mise en place (1870-1907) est toutefois étroitement dépendante de la situation politique, théologique et plus généralement culturelle du canton de Genève. Cette Eglise se pense comme libérale et nationale, elle est soutenue par les autorités politiques cantonales, majoritairement d’obédience radicale et protestante. Elle devient, au niveau politique et religieux, un outil de lutte contre le catholicisme du pape Pie IX, personnifié à Genève par Mgr Gaspard Mermillod. Ce travail montre, par l’examen conjoint d’un objet et du contexte qui lui est étroitement lié, comment les élites libérales de la fin du 19e siècle cherchent à harmoniser leur pratique religieuse avec le reste de leurs aspirations politiques et sociales. L’étude des acteurs de cette réforme, de leur insertion dans les instances politiques, de leurs idées et projets, ainsi que de leurs réalisations concrètes, montre comment des individus qui se considèrent comme « modernes » et « laïcs » s’y prennent pour réformer le catholicisme dans un contexte où ils ont le champ libre et une subvention étatique. Sur le mode de la microhistoire, cette communauté ecclésiale offre un terrain à l’historien pour l’étude d’une alternative à ce qui paraît parfois avoir été un choix inéluctable aux citoyens de la fin du 19e siècle : libre-pensée anticléricale ou appartenance confessionnelle traditionnelle. En utilisant divers outils et méthodes des sciences historiques et sociales, l’objectif est de montrer toutes les facettes de cette expérience religieuse particulière. L’enquête fait ressortir ainsi les lieux problématiques du christianisme en modernité : liberté individuelle, confession de foi, pratique sacramentelle, statut du clergé, mixité confessionnelle ou encore sécularisation et laïcisation des espaces publics. Elle décrit et analyse les solutions trouvées et montre aussi les difficultés d’une telle entreprise, en particulier son insuccès à convaincre la très grande majorité des catholiques eux-mêmes. Le Kulturkampf genevois débouche alors sur la séparation des Eglises et de l’Etat en 1907. L’ensemble permet en outre une réflexion sur les liens entre identité nationale, valeurs républicaines et religion, fondée sur l’analyse à la fois de la théorie et de la praxis.