Thèse soutenue

L'ordre almohade (1120-1269) : une nouvelle lecture anthropologique

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Mehdi Ghouirgate
Direction : Philippe Sénac
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 07/10/2011
Etablissement(s) : Toulouse 2
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Temps, Espaces, Sociétés, Cultures (Toulouse)
Jury : Examinateurs / Examinatrices : Mathieu Guidère, François-Olivier Touati, Dominique Valérian
Rapporteurs / Rapporteuses : Pascal Buresi, Jean-Pierre Van Staëvel

Mots clés

FR  |  
EN

Mots clés contrôlés

Résumé

FR  |  
EN

Cette thèse propose de mettre en relief les procédés utilisés par les Almohades pour imposer l’ordre politique, depuis la genèse du mouvement dans les années 520/1120 à la chute de la dynastie mu’minide en 668/1269. Après avoir présenté brièvement le précédent almoravide, afin de voir comment les Almohades empruntèrent une voie médiane oscillant entre continuité et rupture, les différents stades de la vie d’un calife, de son intronisation à son trépas, ont été analysés étant donné la personnalisation en vigueur du régime almohade. Ce parti pris permet ainsi de souligner un certain nombre de spécificités par rapport à d’autres pouvoirs de l’Occident musulman, tel que le choix, le cas échéant, de la langue berbère, dans certains discours officiels et publics ou, encore, d’utiliser le Coran attribué à ‘Uṯmān b. ‘Affān dans l’itinérance du Prince. Ce faisant, le caractère éminemment plastique de ce pouvoir a également été mis en exergue : en effet, en fonction de la conjoncture et des groupes qu’il voulut s’attacher ou des périls qu’il eut à affronter, celui-ci chercha continuellement à s’adapter. Au vu de la variété des moyens employés, il était important d’en établir une typologie, depuis la politique à grande échelle du don de nourriture, de vêtements et de numéraire, jusqu’à la mise en charpie du corps des rebelles. Le fil rouge de cette Histoire semble résider dans la propension du calife à établir une séparation nette entre lui et les gouvernés, et aussi progressivement avec le personnel au pouvoir, c’est-à-dire les Mu’minides et les cheikhs almohades. Cette politique passait par la construction de nouvelles cités auliques et par la mise en visibilité d’une forme de continuité entre camp royal nomade et palais sédentaire. Au final, l’objectif de cette thèse est de montrer que pour la première fois au Maghreb occidental et central, on sort partiellement à cette époque du paradigme du chef de guerre, qui n’était qu’un primus inter pares, pour s’enraciner davantage dans la tradition orientale du souverain hiératique le plus souvent inaccessible et invisible. Ce processus allait de pair avec la mise sur pied d’un État digne de ce nom, avec une mise à distance des vieux rituels de la société des Maṣmūda, à commencer par la participation aux banquets, ou encore avec l’invisibilité du calife lors de la prière du vendredi. Enfin, à travers l’évocation de l’agonie du souverain et du culte qui était rendu à Tinmel, les Almohades cherchèrent à surmonter ce redoutable écueil que constituait la mort du calife ; est ainsi mis en lumière le rapport entretenu à l’époque almohade avec le temps, étant bien entendu que le pouvoir cherchait à se pérenniser par tous les moyens.