Etude du rôle du gène UHRF1 dans la régulation de l'expression des gènes suppresseurs de tumeurs dans un modèle de lymphocytes T leucémiques
| Auteur / Autrice : | Mahmoud Alhosin |
| Direction : | Christian Bronner |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Biologie cellulaire et moléculaire |
| Date : | Soutenance en 2010 |
| Etablissement(s) : | Strasbourg |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Les gènes suppresseurs de tumeurs (TSGs) contrôlent la prolifération cellulaire et leur inactivation joue un rôle important dans la cancérogenèse. Deux mécanismes épigénétiques majeurs sont impliqués dans la répression des TSGs, la méthylation de l’ADN et l’acétylation/déacétylation des histones. On les dit épigénétiques car ils n’affectent pas la séquence de l’ADN. Ces phénomènes sont transmissibles et réversibles, faisant donc d’eux des cibles thérapeutiques de choix. La méthylation de l'ADN sur la cytosine est un mécanisme fondamental de la répression permanente des gènes. Dans le cancer, le profil de méthylation est caractérisé par une hypométhylation globale du génome associée à une hyperméthylation locale des promoteurs de TSGs tels que p73, p16INK4A, BRCA1 et hMLH1. Le gène UHRF1 (Ubiquitin-like PHD Ring Finger 1) est surexprimé dans de nombreux types de cancer tels que le cancer du rein et le cancer de la vessie. UHRF1 et les membres de sa famille se caractérisent par la présence d'un domaine SRA (Set and Ring Associated) qu’on trouve uniquement dans la famille UHRF. Par ce domaine, UHRF1 interagit avec l’histone déacétylase 1 (HDAC1) et se lie à des promoteurs méthylés de TSGs (p16INK4A, p14ARF, RARalpha). UHRF1 ferait partie d'un gros complexe macro-moléculaire appelé ECREM pour ''Epigenetic Code REplication Machinery''. Ce complexe serait capable de dupliquer le code épigénétique, après réplication de l'ADN, et de ce fait permettrait aux cellules cancéreuses de conserver la répression des TSGs lors de la prolifération cellulaire. Mon travail de thèse est focalisé d’une part sur l’étude du mécanisme d’action d’un produit naturel connu pour ses propriétés anti-cancéreuses, en l’occurrence la thymoquinone, en portant une attention particulière à l’UHRF1 et ses partenaires la DNMT1 (ADN méthyltransférase 1) et l’HDAC1 et d’autre part sur l’étude du rôle du gène UHRF1 dans la régulation des TSGs. L’ensemble de ces études a été réalisé principalement sur des cellules Jurkat, cellules leucémiques, la source la plus riche en UHRF1. La thymoquinone (TQ), la substance active de l’huile de cumin noir (Nigella sativa), est connue pour ses propriétés anti-cancéreuses mais son mécanisme d'action n'est pas encore élucidé. Notre étude a démontré que la TQ induit l’apoptose des cellules Jurkat par la réexpression de p73 qui va faire chuter l’expression de UHRF1 et de la DNMT1 et de l’HDAC1. Le fait de découvrir que la TQ réprime l’expression de UHRF1 et/ou du complexe UHRF1/DNMT1/HDAC1 montre pour la première fois qu’un produit naturel a potentiellement des vertus « de régulateur » du code épigénétique. De plus, nous avons démontré que la TQ réprime spécifiquement la phosphodiestérase 1A (PDE1A) qui régule l’expression de UHRF1 via l’augmentation de l’expression de p73. Cette étude nous a permis de décrire une nouvelle voie de signalisation de régulation de l’expression de UHRF1 et donc probablement du code épigénétique et des TSGs. Dans ce travail, nous avons également montré que UHRF1 via son domaine SRA est capable d'interagir avec la DNMT1 et que UHRF1 contrôle positivement l'expression du gène VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor), un facteur pro-angiogénique, en réprimant les TSGs (RB1 et p16INK4). Ces deux gènes jouent un rôle essentiel dans le cycle cellulaire en contrôlant notamment la transition G1/S. Nous pensons que l’interaction UHRF1 avec la DNMT1 est cruciale pour l’entrée des cellules en phase S. La protéine Tip60, une histone acétyltransférase, existe en tant que complexe multiprotéique nucléaire stable ayant des fonctions transcriptionnelles et de réponse aux dommages de l’ADN. Nous avons trouvé que Tip60 faisait partie du complexe UHRF1/DNMT1/HDAC1 et que ce complexe était nécessaire pour la transition G1/S. De plus, UHRF1 ou le complexe UHRF1/DNMT1 est indispensable pour l’acétylation de H2AK5 par Tip60. Cette étude suggère une forte relation entre la méthylation de l’ADN et l’acétylation de l’histone H2A. En résumé, notre recherche a montré que le gène UHRF1 réprime l’expression de certains TSGs et lui-même peut être régulé par un autre TSG comme p73 ce qui suggère un mécanisme de rétro-contrôle par les TSGs. L’existence de UHRF1 dans un complexe multiprotéique comportant HDAC1, DNMT1 et Tip60 nous a permis de d’amener quelques pistes pour répondre à la question comment une cellule cancéreuse peut transmettre sa mémoire épigénétique donc l'information ''cancéreuse'' aux cellules filles notamment pour ce qui concerne la répression des TSGs. Notre travail soutient également le concept que UHRF1 est une cible thérapeutique tout à fait intéressante et sa répression conduirait à la ré-expression des TSGs, permettant ainsi aux cellules cancéreuses d’entrer en apoptose.