Thèse soutenue

L'instrumentalisation des politiques sociales, un obstacle à la collaboration professionnelle : l'exemple des techniciens-conseils et des travailleurs sociaux dans les C.A.F.

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Auteur / Autrice : Pierre Le Louerec
Direction : Jean-Yves Dartiguenave
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance en 2010
Etablissement(s) : Rennes 2
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences humaines et sociales (Rennes)
Partenaire(s) de recherche : autre partenaire : Université européenne de Bretagne (2007-2016)

Résumé

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Dès la première décennie de fonctionnement des Caisses d'Allocations Familiales, Pierre Laroque, un des principaux fondateurs de la Sécurité sociale, rappelle l'importance de l'action sociale qui vient « humaniser la sèche réglementation » mise en oeuvre par les gestions dites techniques. La thèse consiste à montrer que cette « complémentarité politique » qui vise à concilier le principe d'équité (opéré par le travail de réaffiliation du travailleur social) à celui d'égalité (opéré par le travail de conformation du technicien-conseil) s'est déplacée sur le registre technique. Alors qu'au cours de cette dernière décennie, la thématique de la « complémentarité des professions » (re)surgit, la signification que recouvre cette notion n'est plus la même. Il est montré que progressivement le recours à des modes et modalités de gestion, orientés avant tout vers l'efficacité fonctionnelle et la performance économique du système de production, « grippe » la contribution et la collaboration professionnelle. Plus particulièrement, il est montré que cette course à la rationalisation et à l'optimisation instrumentalise l'acte professionnel et met les professions au service des visées productives de l'organisation ; plus spécialement, le travail social est subordonné à la logique de fonctionnement des gestions techniques. En fait, alors que les situations des allocataires deviennent de plus en plus complexes et qu'il est convoqué la « complémentarité des professions », deux obstacles majeurs enrayent cette dernière. L'approche gestionnaire réduisant la charge à assumer aux tâches à effectuer, ne favorise pas le réinvestissement du processus d'agencement des compétences définissant cette « complémentarité politique » d'où résulte la collaboration. De plus, le principe de métier au fondement de la contribution professionnelle - qui permet l'analyse implicite de ses compétences réciproquement à celles d'autrui - tend même à être aboli. En d'autres termes, la collaboration est abordée avant tout comme une simple coordination socio-technique qui fige les charges et des responsabilités professionnelles. De ce fait, la nécessaire négociation des rôles et les fonctions ne trouve plus, en situation, les conditions suffisantes pour réinvestir au mieux le processus d'attribution des compétences, autrement dit la complémentarité, bien que celle-ci soit institutionnellement décrétée