Beyrouth et ses ruines (1990-2010). Une approche anthropologique
Auteur / Autrice : | Sophie Brones |
Direction : | Jean-Charles Depaule |
Type : | Thèse de doctorat |
Discipline(s) : | Ethnologie |
Date : | Soutenance le 04/12/2010 |
Etablissement(s) : | Paris 10 |
Ecole(s) doctorale(s) : | Ecole doctorale Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent (Nanterre) |
Jury : | Président / Présidente : Dionigi Albera |
Examinateurs / Examinatrices : Jean-Charles Depaule, Dionigi Albera, Daniel Fabre, Franck Mermier, Anne Raulin | |
Rapporteur / Rapporteuse : Dionigi Albera, Daniel Fabre |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Mots clés libres
Résumé
Depuis le début de la guerre civile (1975-1990), la capitale du Liban est affectée par des cycles de destructions et de reconstructions dans un contexte marqué par une instabilité politique chronique et un grand dynamisme du secteur foncier allant de pair avec une faible intervention de l’État dans la régulation des intérêts privés. La pluralité des identifications et des définitions du patrimoine architectural et urbain n'est pas sans lien avec les enjeux politiques de la production de l'histoire nationale dans un pays aux frontières et à l'unité contestées. Ces facteurs expliquent en partie le contraste des temporalités que donne à voir le paysage urbain beyrouthin : vingt ans après la fin des hostilités, de nombreux immeubles portant les stigmates des conflits armés côtoient les démolitions d'immeubles anciens, atteints ou non par les destructions de la guerre et la construction de tours, matérialisant ainsi des conflits dans les valeurs attribuées à l'environnement urbain et des stratégies de légitimation passant par l'appropriation des territoires urbains. C'est en tant que supports de mémoire que ces traces du changement (destructions et reconstructions) ont été constituées en un fil directeur opératoire pour l’analyse de la fabrication sociale du patrimoine. La thèse questionne divers niveaux d’appropriation patrimoniale depuis l’héritage transmis au sein de la famille jusqu’à la création de patrimoines partagés dont la vocation est d’instituer des supports identitaires collectifs. Elle propose une interprétation des catégories locales servant à désigner le patrimoine (turâth, athâr) en s’attachant à décrire leurs usages. La première partie analyse à un niveau théorique la relation aux monuments avant de décrire les imaginaires forgés à Beyrouth autour des phénomènes de destruction. La deuxième partie s'attache aux formes de l’institution du patrimoine au centre ville et dans les quartiers péricentraux et décrit les principaux acteurs de la patrimonialisation en ville (sociétés privées, ONG, bureaux d'études, etc.). Au prisme de leurs discours et pratiques, on montre comment la fabrication du patrimoine s’inscrit dans des stratégies de légitimation d’un capital culturel et symbolique. C’est aussi ce dont témoignent des entreprises inédites de patrimonialisation liées à l’assassinat de Rafic Hariri (2005) et au projet de musée de la ville de Beyrouth, considéré comme un cas limite de ''mise en patrimoine'' de la mémoire.