La cause des pauvres : mobilisations humanitaires et transformations de l'État social en France (1945-2010)
| Auteur / Autrice : | Frédéric Viguier |
| Direction : | Gérard Mauger |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Sociologie |
| Date : | Soutenance en 2010 |
| Etablissement(s) : | Paris, EHESS |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales |
| Jury : | Président / Présidente : Vincent Dubois |
Résumé
Cette thèse de sociologie historique explore les mobilisations au nom des pauvres en France depuis 1945. Le pauvre et l'exclu ont aujourd'hui remplacé le travailleur des classes populaires dans les représentations collectives. En même temps, la protection sociale des classes populaires a basculé de l'assurance vers l'assistance. L'enquête se situe au carrefour de l'histoire de la protection sociale, de la haute administration, du champ politique et des champs intellectuels et scientifiques. Après 1945, de petits groupes issus du catholicisme social anticapitaliste inventent la cause des pauvres comme une nouvelle forme de charité. Mais le puissant mouvement ouvrier domine la cause, considérant que seule l'amélioration des conditions d'emploi résorbera la pauvreté. Dans les années 1960, la cause des pauvres s'autonomise des luttes salariales et choisit le lobbying auprès des pouvoirs publics pour améliorer le système d'assistance. Alors que les exigences du capitalisme de marché affaiblissent les idéaux solidaristes, les hauts fonctionnaires du social soutiennent cette cause pour recentrer leurs investissements progressistes. Au cours des années 1970, ils donnent aux avocats des pauvres leurs premières victoires: l'action sociale s'élargit, de nouveaux dispositifs sociaux sont confiés aux associations. À partir de 1984, la cause des pauvres devient un problème public : des dispositifs de protection sociale conçus pour les « exclus de la croissance » remplacent les protections dont bénéficiait naguère le monde aujourd'hui défait des classes populaires salariées.