Thèse soutenue

Médias et violences urbaines au Cameroun et en France : approche comparative

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Auteur / Autrice : Jean-Jacques Ngwe Ngwe
Direction : Michel Mathien
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences de l'information et de la communication
Date : Soutenance en 2009
Etablissement(s) : Strasbourg

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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Au regard de nombreuses agressions à main armée et autres formes de viols, vols et homicides enregistrés dans les banlieues des grandes agglomérations camerounaises, les violences dites « urbaines » apparaissent en France limitées, sporadiques, plus proche de la délinquance et de l’incivilité que du crime. Le même mot ne désigne pas, ici et là, des faits comparables. Ces faits sont pourtant à l’origine d’une égale et intense mise en scène médiatique. C’est à ce travail de construction des représentations dans les quotidiens nationaux camerounais et français que s’intéresse notre recherche. Il s’agit, d’examiner les changements intervenus au niveau des pratiques journalistiques, en lien avec ceux qui touchent les conditions générales de construction du débat public et la dynamique démocratique. Ensuite, examiner le nouveau statut de la « violence » en tant qu’enjeu du débat dans les quotidiens nationaux et la manière par laquelle le journalisme s’approprie cet enjeu, objet d’un traitement élargi à de nouveaux publics. La mise en parallèle (plus que la comparaison) des situations camerounaise et française est suggestive d’une même évolution générale à un moment où ces sociétés deviennent, à leur corps défendant, des démocraties de masse. De cette analyse du discours de presse des violences urbaines, deux significations principales retiennent notre attention. Celle qui concerne l’importance acquise par une information « de masse », standardisée et destinée à un public très large et celle qui concerne les effets d’une déprise des rapports et des acteurs sociaux sur la vie politique, dont une des traductions majeures est la montée de « l’opinion publique ». Au lieu d’être les vecteurs d’un sens autonome véhiculé par les acteurs sociaux du débat public, les journalistes sont souvent poussés à prendre les devants sur un public au profil social indéterminé, saisi dans ses dimensions de passivité et de peur. En France comme au Cameroun, l’entrée en force des violences urbaines dans l’espace médiatique s’effectue en rapport avec une conjoncture sociale, politique et économique propre à chaque pays. En France les pratiques journalistiques se « professionnalisent », la base technique constitutive de l’espace médiatique s’élargit, ses logiques de fonctionnement deviennent de plus en plus dépendantes des contraintes de format. Au Cameroun, les contenus des journaux obéissent plus aux revendications politiques qu’aux contraintes de cadrage. Malgré les tendances générales communes de cadrage, la médiatisation des violences au Cameroun et en France correspond à deux types idéaux distincts : celui des industries culturelles au Cameroun et celui du jacobinisme en France. Les tendances qui marquent l’évolution des pratiques du journalisme dans la presse quotidienne diffèrent de façon significative. Le cas camerounais est intéressant, dans la mesure où une inflexion importante des pratiques journalistiques, dans les années 1990, coïncide avec le retour à la démocratie, défini par une nouvelle loi sur la communication sociale, la fin de la censure et la libéralisation de l’espace médiatique. En France, la rencontre des logiques professionnelle et sociopolitique est des plus marquantes. Mais elle ne devient pas moins visible depuis les années 1980 avec la mise en scène spectaculaire des jeunes des banlieues d’origines étrangères.