Thèse soutenue

Influence des activités anthropogéniques sur la régime alimentaire et la réponse numérique de la hyène tachetée en savane arborée dystrophique dominée par l'éléphant

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Auteur / Autrice : Nolwenn Drouet-Hoguet
Direction : Hervé Fritz
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Biologie
Date : Soutenance en 2007
Etablissement(s) : Lyon 1

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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En cette aube du 21ème siècle, l’aire protégée doit relever le défi de conserver la biodiversité des ressources naturelles tout en intégrant des activités humaines en constante croissance. Cette étude explore l’effet de l’apport de subsides alimentaires d’origine anthropogénique sur un système carnivore-proie, dans un écosystème de savane africain (Parc National de Hwange, Zimbabwe), caractérisé par une forte diversité des espèces de proies et de prédateurs. La spécificité du site d'étude est par ailleurs très originale dans la mesure où les éléphants représentent actuellement 80% de la biomasse d'herbivore, et ont été soumis à une politique de régulation durant 25 ans, politique interrompue depuis 20 ans. Ce travail se focalise sur les réponses fonctionnelle et numérique de la hyène tacheté (Crocuta crocuta), qui est le prédateur le plus abondant mais qui surtout est caractérisé par une large flexibilité de tactique d'acquisition des ressources (chasse, charognage, klepto-parasistisme). Elle se distingue par une adaptation extrême à l'utilisation des charognes. On s'attend donc qu'elle réagisse particulièrement efficacement à l'adjonction de carcasses générées par les activités humaines (abattage de régulation, production légale et illégale de viande, accidents dus aux infrastructures), comme par les événements climatiques extrêmes. A l'échelle locale, une approche par l'analyse du comportement et du régime alimentaire montre que (1) l'éléphant contribue peu au régime, (2) les hyènes utilisent les ressources d'origine anthropogénique, (3) que les hyènes restent principalement dépendantes des herbivores chassables les plus abondants localement, comme cela a été mis en évidence dans d'autres écosystèmes. A l'échelle du Parc, l'analyse de la distribution spatiale et des tendances démographiques des hyènes et des proies sur un jeu de données à long-terme (32 ans) révèle, de manière très cohérente avec l'analyse des régimes alimentaires : (1) une réponse agrégative des hyènes associée à la biomasse des proies potentielles, (2) une relation temporelle classique prédateur-proie, qui suggère que la disponibilité des carcasses liée aux abattages d'éléphants, à la mortalité naturelle ou aux activité humaines, n'a pas perturbé de manière significative la réponse numérique. Les résultats suggèrent que si la population de hyènes est peu affectée par l'apport de ces ressources alimentaires d'origine anthropogénique, les autres prédateurs le seront probablement moins, du fait d'un comportement alimentaire moins adapté au charognage. L’ensemble des résultats de cette étude suggère que la hyène tachetée serait plutôt chasseur que charognard dans ce système de savane pauvre en proies mais riche en carcasses. Cependant, on ne peut exclure que localement certains clans de hyènes bénéficient du fort apport des ressources d'origine anthropogénique, et modifient par conséquent leur comportement de prédation. Des études complémentaires sont nécessaires pour affiner la compréhension des mécanismes qui relient les hyènes à leurs populations de proies, notamment pour tester l'hypothèse du rôle de la prédation de la hyène tachetée dans le déclin de certaines populations d’ongulés dans cet écosystème, en particulier le steinbock, le céphalophe, l’impala, le gnou bleu et le grand koudou