Thèse soutenue

"Ich war Hamlet" : recherches sur les fantômes dans les théâtres antique et contemporain

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Auteur / Autrice : Pierre Katuszewski
Direction : Florence Dupont
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Études théâtrales
Date : Soutenance en 2006
Etablissement(s) : Paris 3

Résumé

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À Rome, où le théâtre est un théâtre du jeu, les fantômes de théâtre intervenant dans les tragédies de Sénèque ne sont pas des fantômes anthropologiques, ils sont des images pures qui ont un rôle d’opérateur théâtral : en prologue, ils ont une fonction performative consistant à faire démarrer le spectacle et, en récit, ils débloquent les personnages figés dans le dolor afin que le spectacle commence véritablement. En Grèce, les fantômes présents dans les pièces d’Eschyle et d’Euripide ont une fonction mixte : informative car les histoires sont issues de la mythologie mais sont modifiées par les dramaturges et performative car ils agissent sur le spectacle. Dans le théâtre contemporain (Pasolini, Gabily, Bond, Koltès, Müller) qui, au contraire des deux premiers, n’est pas un théâtre rituel et codifié mais un théâtre de la représentation, les fantômes sont construits à partir d’images signifiantes. Cependant, les dramaturges débrayent systématiquement de ces images premières afin d’installer des espaces-temps spécifiquement théâtraux, propres aux fantômes, notamment par l’usage de différentes formes de métathéâtralité. Les rencontres avec les vivants ne reproduisent en rien des modèles extra-théâtraux mais se présentent, pour chaque pièce, comme des rencontres inédites se déroulant parallèlement au récit scénique. Elles servent à définir l’espace scénique comme un espace de jeu où s’établit, grâce aux fantômes, un rapport spécifique entre la scène et la salle fondé sur la reconnaissance, se substituant au rapport classique d’identification. Les fantômes sont des indicateurs de ludisme et permettent au metteur en scène d’envisager des mises en scène ludiques des séquences dans lesquelles ils interviennent, établissant une sociabilité éphémère, mais bien réelle, entre acteurs et spectateurs.