Thèse soutenue

La mise en mots de la mort : l'oeuvre d'Alphonse Daudet

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Auteur / Autrice : Isabelle Droit
Direction : Daniel Compère
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langue, littérature et civilisation françaises
Date : Soutenance en 2006
Etablissement(s) : Paris 3
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Littérature française et comparée (Paris ; 1992-....)

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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Il peut sembler incongru de vouloir étudier l’esthétique de la mort dans l’œuvre d’Alphonse Daudet. En effet, à cause de sa renommée souvent réduite aux Lettres de mon moulin et au Petit Chose, cet auteur a trop souvent été présenté comme l'archétype du joyeux provençal qui, dans un moulin griffonne quelques lettres un brin de blé aux lèvres. Pourtant, la mort est omniprésente dans son œuvre. Protéiforme, elle affecte tous les genres et toutes les situations. Chez Daudet, cette poétique de la mort est indissociable du contexte littéraire dans lequel s’inscrit son œuvre, celui du naturalisme. Comme les naturalistes, Daudet rejette l’idéalisme romantique d’une mort comme sublimation et transformation. Il refuse également l’imaginaire débridé et paroxystique du roman populaire, tout comme les meurtres atroces du grand guignol sanguinolent. En revanche, il utilise la mort comme ressort dramatique et comme procédé romanesque de clôture. Il témoigne également d’une sobriété certaine dans l’écriture de la mort. La mort fonctionne aussi chez Daudet comme un révélateur, le reflet d’une société marquée par ses inégalités sociales, son pessimisme et son désenchantement. Mais loin de prôner un pessimisme radical, Daudet le dénonce et récuse l’absurdité sans appel d’une vie conçue comme une souffrance éternelle. La mort engendre alors un double mouvement d’adhésion et de mise à distance. Elle génère une tension entre sens et absurde. Elle présente une libération paradoxale en même temps qu’elle exprime l’absurdité de la condition humaine. Mais, autre paradoxe, par son absurdité même la mort impose un sens à la vie. La singularité de la vision de la mort et de la vie dans l’œuvre de Daudet vient de son expérience personnelle de la maladie qui lui fait affronter la mort bien plus qu’un théoricien ne pourrait le faire. L’ambivalence de sa vision de la mort fait de Daudet un témoin lucide qui regarde à distance une époque instable où les valeurs se transforment et où le sens de la vie et de la mort en crise se cherche.