Thèse soutenue

Des utopies linguistiques aux langues fantastiques : les cas de Orwell, Burgess, Hoban, et Golding

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Sandrine Sorlin
Direction : Frédéric RegardJim Walker
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langue et culture des sociétés anglophones
Date : Soutenance en 2006
Etablissement(s) : École normale supérieure-Lettres et sciences humaines (Lyon ; 2000-2009)

Résumé

FR  |  
EN

Cette thèse s'intéresse aux utopies linguistiques théoriques et fictionnelles, depuis les "langues philosophiques" du XVIIe siècle jusqu'aux langues internationales du XXe siècle (elles-mêmes issues des projets de langues universelles du XIXè siècle), avant de s'attarder sur leurs avatars littéraires au XXe siècle. Quatre romans en particulier sont à l'étude : "Nineteen eighty-four" de George Orwell, "A clockwork orange" d'Anthony Burgess, "Riddley Walker" de Russell Hoban, et "The Inheritors" de William Golding. Ces oeuvres écrites dans un anglais altéré, modifié, déformé, sont analysés à la lumière des inventions utopistes de langue afin de déterminer s'il y a filiation, continuité ou rupture. Il est d'abord proposé une histoire des idées linguistiques afin de bien saisir les motivations, les buts et les enjeux des projets de langue artificielle chargée de décrire le monde de manière exacte et univoque, depuis le "caractère universel" de Francis Bacon jusqu'aux langages formels des logiciens au XXè siècle. L'analyse conduite montre que loin de rendre compte du monde de façon objective et neutre, les projets utopiques, lui imposent un modèle idéologique toujours déjà linguistique. Les romans du XXè siècle s'inscrivent alors en rupture par rapport à ce rêve d'une humanité réconciliée grâce à un langage unique et parfait. Ils présentent en effet des hommes qui ont perdu leurs repères, et le langage qui les traverse, qualifié de "fantastique", est obscur, parfois méconnaissable, jouant toutes ses "imperfections". Mais à travers les déformations qu'il subit, le langage parvient à se libérer du moule idéologique de l'oeuvre et à en sublimer le pessimisme, révélant toute sa puissance interne, génératrice d'être. Cette thèse met en évidence la capacité du langage à structurer ou à produire le monde, qu'il s'agisse du monde réel (les utopies linguistiques) ou du monde fictionnel (les langues fantastiques).