Thèse soutenue

Micromammifères, helminthes et insularité : évolution des traits d'histoire de vie du rat noir (Muridae) et de deux musaraignes (Crocidurinae) sur les îles ouest-méditerranéennes

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Auteur / Autrice : Elodie Magnanou
Direction : Bernard Delay
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Agronomie. Biologie des populations et écologie
Date : Soutenance en 2005
Etablissement(s) : Montpellier, ENSA

Résumé

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Les faunes insulaires se caractérisent par un ensemble d'adaptations écologiques et évolutives propres à la vie en milieu isolé. Les micromammifères Rongeurs et Insectivores des îles ouest-méditerranéennes illustrent bon nombre des particularismes liées à ce syndrome d'insularité : élargissement de niche écologique, gigantisme, inflation des densités, diminution de fécondité. . . L'helminthofaune des mammifères-hôtes manifeste également de nombreux changements : réduction de la diversité spécifique, augmentation des prévalences et intensités parasitaires, élargissement du spectre d'hôte. La majorité des travaux qui tentent de comprendre les pressions de sélection à l'origine des adaptations observées sur les îles négligent l'influence des parasites. Le présent travail s'inscrit dans une approche globale où les parasites sont considérés comme des acteurs incontournables de l'évolution des traits d'histoire de vie des espèces libres. Les modèles considérés sont les deux musaraignes Crocidura russula et C. Suaveolens et le rat noir Rattus rattus. 1) Notre étude phylogéographique (séquençage d'une portion du cytochrome b) a révélé l'identité des populations continentales à l'origine de la colonisation des îles par les deux musaraignes. Ce travail préalable permet d'effectuer les comparaisons appropriées entre populations insulaires et continentales-source. 2) Notre bilan de l'helminthofaune des mammifères étudiés permet d'envisager les conséquences sur les traits de vie des hôtes. La grande douve du foie Fasciola hepatica élargit son spectre d'hôte au rat noir en Corse. Ce transfert latéral à pour origine l'élargissement des préférences écologiques du Muridae. Les prévalences sont très élevées toute l'année pour de nombreuses localités. Les conséquences de la fasciolose sur le rat noir sont exacerbées : forte augmentation des besoins énergétiques et réduction marquée de la fécondité. Ces constatations illustrent la confrontation récente des deux espèces. La résistance du Muridae est certainement faible et la virulence du Digène élevée. 3) La physiologie est un facteur central des adaptations développées sur les îles. En Corse et à Porquerolles, la dépense énergétique de la musaraigne des jardins s'ajuste indépendamment des changements morphologiques (gigantisme) : C. Suaveolens consomme moins que ne le prédit son poids. Les mécanismes mis en jeu dans ces ajustements seront à déterminer. 4) La diminution de fécondité est une caractéristique commune aux musaraignes des îles méditerranéennes. Dans la perspective d'un compromis entre reproduction et survie, la théorie des traits d'histoire de vie prédit un allongement de la durée de vie en milieu insulaire. Sur les îles, la modification de la mortalité intrinsèque et extrinsèque (parasitisme, prédation,. . . ) pourrait induire une modification des taux de sénescence. Nos travaux soulignent que la mélatonine est une hormone tout à fait indiquée pour quantifier un éventuel vieillissement différentiel. Une multitude d'interactions entre composantes biotiques et abiotiques régit l'évolution en milieu insulaire. Les parasites s'avèrent être fondamentaux dans le façonnement des traits de vie des mammifères des îles. Il est maintenant évident que la prise en compte des interactions hôte-parasite est indispensable dans l'étude de l'adaptation des populations insulaires à leur environnement.