Thèse soutenue

Ecritures, masques et voix : pour une poétique des chansons de Leonard Cohen et Bob Dylan

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Auteur / Autrice : Christophe Lebold
Direction : Claire Maniez
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Langues vivantes
Date : Soutenance en 2004
Etablissement(s) : Université Marc Bloch (Strasbourg) (1971-2008)

Mots clés

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Mots clés contrôlés

Résumé

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La spécificité des plaisirs littéraires que proposent les chansons de Bob Dylan et de Leonard Cohen tient à la qualité poétique de leurs textes, mais aussi à la mise en voix de ces textes en performance, ainsi qu'à la théâtralité des jeux de masques qui sont au centre de deux œuvres largement auto-fictionnelles. Dès lors, à l'étude stylistique des paroles devra nécessairement s'ajouter une « poétique de la voix » et une analyse systématique des fonctionnements complexes des personae mises en place dans les chansons. L'approche textuelle étudie comment les deux auteurs repoussent les contraintes langagières imposées par la mise en musique jusqu'à mettre en place une écriture largement scriptible, tout en inventant des idiomes poétiques originaux à la croisée des traditions du blues, du psaume et du verbe visionnaire, prophétique et sapiential. Les voix sont abordées successivement comme des objets de plaisir, comme des instruments d'écriture rythmique avec lesquels les deux artistes remettent en jeu la partition du texte original, et finalement comme des signes complexes car Dylan et Cohen utilisent les traits saillants de leur timbre pour inscrire une vision du monde à la surface sonore des chansons. Enfin, autour des notions de persona, de posture/imposture et de doublure, l'étude des jeux de masques cherche comment les deux auteurs construisent et déconstruisent perpétuellement leur personnage publique dans une pratique du palimpseste identitaire qui débouche sur une forte ambiguïté tonale entre confession et mystification, lyrisme et ironie. Nous sommes ainsi amenés à une réévaluation de l'impact littéraire de l'objet chanson, laquelle ne peut être menée à bien sans garder à l'esprit le poids de la distinction savant/populaire et la problématique inévitable du statut culturel incertain de Dylan et de Cohen, respectivement passager clandestin et déserteur de la culture savante.