Thèse soutenue

Perceptions et représentations des marais : du vu au vécu, les liens sensibles entre les hommes et les marais

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Auteur / Autrice : Emmanuelle Lambrey
Direction : Augustin BerquePierre Donadieu
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Géographie culturelle
Date : Soutenance en 2004
Etablissement(s) : Paris, EHESS

Résumé

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Avec pour fil directeur la question du paysage et les marais comme site d'étude, cette recherche se propose de démontrer l'existence d'une résistance sociale aux idées de "paysage-spectacle" en confrontant les archétypes paysagers des marais au regards portés sur ces espaces par leurs habitants. Les "canons esthétiques" sont cernés à l'appui d'un exemple de qualification paysagère portée par les pouvoirs publics, et à partir de représentations "littéraires" (descritpions tirées d'écrits spécialisés) et picturales (cartes postales, photographies, bandes dessinées). Les représentations sociales sont recueillies à l'issue d'entretiens semi-directifs menés auprès d'habitants riverains du marais des Echets (Ain) et des marais de Brouage (Charente-Maritime), et exposés sous forme d'une typologie d'espaces. Tout comme les images reconnues, publicisées, les images mentales propres aux habitants oscillent entre une vision positive et une vision négative de l'espace et de la nature palustres; deux catégories spatiales idéales se dessinent, dépendantes l'une de l'autre : le "marais de bonne nature sauvage", où faune et flore palustres sont à la fois libres et innofensives, et le "marais de belle campagne", où sont préservées les formes d'une agriculture traditionnelle. La pratique (et la non-pratique) des marais induit des représentations échappant au pittoresque et au spectaculaire. Avec l'expérience vécue se profile en effet un "marais familier" qui éveille tous les sens de la perception (et pas seulement la vue) et engage profondément l'affection des individus (au-delà du plaisir esthétique). En revanche, le "marais invisible", parce que trop ordinaire ou inquiétant, se soustrait au regard de quelques habitants (donc à la logique paysagère), tandis que le "marais populaire", en s'ouvrant aux visiteurs étrangers, confirme l'idée d'un marais digne du regard cultivé (avide de paysages) des touristes mais n'est pas symbolique de l'art d'habiter les marais.